Porter (v. tr., intr. et pron., verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

v. tr., intr. et pron. 

X e siècle. Issu du latin portare, « trans ; ; ap ».

I. V. tr.

A. Avoir avec soi ou sur soi, de manière temporaire ou permanente.
1. Être chargé du poids d'un objet ou d'une personne ; soutenir, sup un fardeau. Porter du bois. Aider quelqu'un à sa valise. Les demoiselles d'honneur portaient la traîne de la mariée. Porter une cruche en équilibre sur la tête. Atlas portait la voûte du ciel sur ses épaules. Porter un nourrisson dans ses bras. Énée s'enfuit de Troie en portant son père sur son dos. Il se faisait dans une litière. Un âne portant des sacs de blé. Ses jambes ne le portaient plus. Portez armes ! commandement enjoignant aux soldats de placer leur arme le long du corps, en soutenant la crosse ou la garde de la main gauche au niveau de la taille. Par anal. Le balcon est porté par deux cariatides. Les poutres qui portent la toiture sont vermoulues. La glace de l'étang est assez solide pour les patineurs. . En parlant d'un bateau. Porter de la toile , avoir de nombreuses voiles sorties. Porter bien la toile , sup beaucoup de voilure. Expr. Cette rivière porte bateau (vieilli), elle est navigable. Fig. Être porté par l'opinion, par les sondages, avoir la faveur, l'appui du plus grand nombre. Un acteur porté par son public. Porter quelqu'un, un projet, une entreprise à bout de bras , être son principal soutien. Le fort portant le faible ou l'un portant l'autre , toutes choses étant compensées, ce qui manque d'un côté étant suppléé de l'autre. Le fort portant le faible, ces vignes rapportent tant par an. Chacun porte sa croix , chacun a sa part de souffrances dans l'existence. Porter son cœur en écharpe, faire paraître avec ostentation ses chagrins, sa mélancolie. Ne pas quelqu'un dans son cœur , le détester. Porter le joug , être dominé, asservi par quelqu'un ou par quelque chose. Porter la hotte, se dit d'un animal de chasse qui, sur ses fins, courbe le dos de fatigue. Fig. Sup une chose pénible, qui peut être source d'embarras, d'inquiétude. Il porte seul le poids de l'entreprise. Porter la responsabilité d'un échec. Un secret trop lourd à . Expr. Il ne porte pas son âge, il porte bien son âge, il paraît plus jeune qu'il n'est. Porter bien son âge signifie aussi parfois Paraître plus que son âge. Vieilli. Porter bien le vin, pouvoir en boire une grande quantité sans s'enivrer. Porter la peine de quelque chose, en être entièrement responsable. Spécialt. En parlant d'une femme et des femelles des mammifères. Être enceinte, être grosse. Porter un enfant. Absolt. Les juments portent onze mois . Fig. C'est l'homme le plus abominable que la terre ait jamais porté , qui ait jamais existé. Ce régime portait en lui les germes de la tyrannie. Par anal. En parlant d'un végétal. Produire. Porter des fleurs, des fruits . Expr. fig. Porter ses fruits, avoir le résultat escompté. Sa persévérance a fini par ses fruits. En parlant d'une somme d'argent. Rapporter. Ce placement porte intérêt, porte de gros intérêts .
2. Tenir, avoir sur soi. Porter un bouquet à la main. Porter un journal sous le bras. Les convoyeurs sont autorisés à une arme. En particulier. Mettre sur soi un vêtement, un élément de parure, un accessoire, ou revêtir, arborer l'insigne d'une fonction, d'un état, d'une dignité, etc. Porter une robe longue. Il ne porte que du noir. Prêt-à-porter, voir ce mot. Porter le calot sur l'oreille. Il porte souvent une fleur à la boutonnière. Porter un parfum léger. Porter un collier de perles. Porter une perruque ou perruque. Porter des lunettes. Les avocats, les juges, les médecins portaient autrefois un bonnet carré. Un général d'armée porte cinq étoiles. Porter la rosette de la Légion d'honneur. Pron. à valeur passive. L'habit se porte avec une cravate blanche . Loc. et expr. Porter la barbe, la moustache, les cheveux longs . Porter bien, mal la toilette , avec ou sans élégance. Il porte fort bien l'uniforme . Porter le deuil de quelqu'un , être vêtu de couleurs sombres pour honorer sa mémoire et, par ext., le deuil de quelque chose , manifester le regret qu'on a de sa perte. Porter la robe, la soutane, le froc, la livrée , etc., être magistrat, ecclésiastique, moine, laquais, etc. Porter les armes (vieilli), être soldat, servir dans l'armée. Porter les couleurs d'une équipe sportive , faire partie de cette équipe ou, par ext., de ceux qui la soutiennent . Fig. Porter haut les couleurs de son pays, défendre avec force son prestige, contribuer à son renom par son mérite, ses actions. Porter le chapeau (fam.), être désigné comme le responsable d'une erreur, d'une faute. Porter la culotte (fam.), se dit plaisamment d'une femme qui a plus d'autorité que son mari dans leur ménage. Cela est bien porté, mal porté, est de bon ton, de mauvais ton. Impers. Dans ce milieu, il est mal porté d'afficher cette opinion . Par ext. Pour introduire un nom, un titre. Dans le « Roman de Renart », le chat porte le nom de Tibert, l'ours celui de Brun. Elles portent le même prénom. Les califes portaient autrefois le titre de commandeur des croyants . Expr. Il porte bien son nom ! se dit, en manière de plaisanterie, d'une chose ou d'une personne dont le nom est en accord avec l'apparence, la profession ou avec un trait de caractère.
3. Posséder, avoir par nature. L'abdomen de la guêpe porte un aiguillon. Le houx porte des feuilles lisses et piquantes. Prov. Il n'est si petit buisson qui ne porte son ombre, il n'est si petite chose qui ne puisse être de quelque utilité, ou il n'est si faible ennemi qui ne soit capable de faire du mal. En parlant d'une partie du corps que l'on tient naturellement dans une certaine position. Porter la tête haute ou haut la tête. Ce chien porte les oreilles droites, porte bien ses oreilles . Porter quatre, six, dix , se dit d'un cerf qui a quatre, six ou dix andouillers. ? Ce cheval porte le nez au vent, il lève la tête très haut. Ce cheval porte beau, il va la tête haute. Fig. Cet homme porte beau, il a un maintien élégant.
4. Offrir, présenter à la vue ; faire paraître. Porter des marques de coup. Il porte le désespoir sur son visage. Ce document porte la mention « confidentiel ». Le fronton du monument porte une inscription latine. Fig. Cet ouvrage porte la marque de son talent. Cette perfidie porte sa griffe .
5. . En parlant d'actes officiels, d'écrits, etc. Déclarer, stipuler. L'ordonnance porte que... L'arrêt porte condamnation. Il est porté par ledit contrat que... Les peines portées par la loi.

B. Amener, mettre en un endroit déterminé, dans une situation, dans un état donnés.
1. Déplacer, trans d'un lieu à un autre. Porter une lettre à la poste. Porter son verre à ses lèvres. Faire un message. Porter un blessé jusqu'à l'ambulance. Se laisser par le courant . Mouvoir, diriger, orienter une partie du corps. Porter les mains à son visage. Un enfant qui porte ses doigts à sa bouche. Il n'osait pas les yeux sur elle. Par ext. Porter ses regards vers le large. Litt. ons-nous nos pas ? Fig. Porter la guerre dans un pays. Son ambition l'a porté jusqu'au sommet de l'État. Elle a porté le trouble, la confusion dans la discussion. Toute bonne action porte avec elle sa récompense. Ce député a porté la contradiction au ministre. La commission a porté son choix sur cet ouvrage. Je ne porte aucun jugement sur ses actes. Porter son attention sur des détails. Je vous remercie d'avoir porté attention à ma lettre . Loc. et expr. Porter quelqu'un en terre, l'inhumer. Porter la main sur quelqu'un, le frapper. Porter un coup à quelqu'un, le lui asséner et, fig., un coup à quelque chose , nuire à son bon fonctionnement, compromettre son développement. Il parait tous les coups qu'on lui portait. Un nouveau retard ait le coup de grâce à leur projet. Porter une botte à quelqu'un, en escrime, le frapper de la pointe de l'épée ou du fleuret. Porter la parole, parler au nom d'une autorité, d'un corps, etc. Porter la bonne parole , faire connaître l'Évangile et, fig., tenter de faire partager ses idées, ses convictions. Porter quelque chose à la connaissance de quelqu'un, l'en informer. Cela n'a jamais été porté à ma connaissance. Fig. Porter un toast à la santé de quelqu'un, à quelqu'un ou, vieilli, une santé à quelqu'un, lever son verre en son honneur. Porter de l'eau à la rivière, à la mer, faire quelque chose d'inutile. Porter un roman à l'écran, à la scène , l'adapter pour le cinéma, le théâtre. Porter quelqu'un sur le trône, au pouvoir . Porter quelqu'un aux nues , le couvrir d'éloges. Spécialt. Soumettre à une juridiction ou proposer à l'examen, au jugement. Il porta le projet devant l'assemblée. Porter une affaire en cour d'appel. Porter une plainte devant un tribunal. Porter plainte au commissariat de police.
2. Marquer, inscrire en quelque endroit. Les corrections portées sur ce manuscrit sont illisibles. Porter une somme au crédit d'un compte . Expr. fig. Porter une chose au crédit ou au débit de quelqu'un , considérer qu'elle plaide ou qu'elle ne plaide pas en sa faveur. Être porté absent pour n'avoir pas répondu à l'appel . Être porté disparu , se dit d'une personne considérée, par décision de justice, comme décédée, mais dont on n'a pas retrouvé le corps. Se faire pâle , dans l'argot militaire, se faire admettre à l'infirmerie, à l'hôpital et, par ext. et fam., se déclarer malade pour justifier une absence.
3. Faire passer quelque chose d'un état à un autre. Porter de l'eau à ébullition. Un métal porté au rouge. Fig. Il porte tout à l'excès, à l'extrême. Ces dispositions ont porté le déficit à cent milliards d'euros . Par ext. Pousser quelqu'un à, l'amener à. Les paysages d'automne le portent à la mélancolie. Sa clémence le porte à pardonner à ses ennemis. Tout porte à croire qu'il reviendra .
4. Être dans telle ou telle disposition à l'égard d'une personne ou d'une chose. Porter de l'affection, de l'amitié ou, vieilli, affection, amitié à quelqu'un. Porter à quelqu'un une haine farouche. Il porte un intérêt particulier à cette affaire. Porter envie à quelqu'un (vieilli), le jalouser. Par ext. Exercer telle ou telle action ou influence (dans des locutions et expressions) . Porter assistance, secours à un blessé. Porter remède à quelque chose. Porter préjudice à quelqu'un, lui nuire. Votre accusation porte atteinte à son honneur. Porter bonheur, chance. Porter le guignon ou, pop., la poisse à quelqu'un, attirer le malheur sur lui. Porter ombrage à quelqu'un , provoquer chez lui un sentiment de jalousie, de dépit. Expr. proverbiale. La nuit porte conseil, voir .

II. V. intr.
1. Reposer sur, s'appuyer sur, faire sup son poids à. Cette poutre porte sur le mur . Tout l'édifice porte sur trois rangées de colonnes. Porter à cru , reposer directement sur le sol, sans fondations. Porter de fond, se dit d'un mur, d'un poteau qui repose sur les fondations et y reporte les charges. Porter à faux , ne pas être d'aplomb, se prolonger au-delà de ses appuis. Fig. Ce raisonnement, cet argument porte à faux, n'est pas pertinent. Par anal. En italien, l'accent tonique d'un mot porte en général sur l'avant-dernière syllabe. Loc. Tirer à bout portant , de manière que l'extrémité du canon de l'arme touche presque la personne ou la chose visée. Fig. Avoir pour objet, concerner. Ses critiques portent moins sur le fond que sur la forme. Cet examen porte sur l'ensemble du programme. Dans « Heureusement, il est arrivé avant l'orage », l'adverbe « heureusement » porte sur l'ensemble de la phrase .
2. Atteindre ; exercer une action, produire un effet. Sa tête a porté contre le meuble . Ce fusil porte à deux cents mètres, porte loin. Absolt. Le coup a porté. Fig. Les reproches qui lui ont été faits ont porté . Par anal. Le bruit des cloches porte jusqu'au village voisin . Absolt. Lorsque le vent porte, on sent l'odeur des foins . Spécialt. Se dit dans certaines expressions de ce qui gagne une partie du corps. Une douleur qui porte au cœur. Porter sur les nerfs (fam.), se dit d'une chose, d'une personne qui irrite, agace. Porter à la tête, se dit d'une boisson, d'une odeur qui grise, étourdit. L'odeur de l'encens me porte à la tête. Fig. et fam. Son succès lui a porté à la tête , l'a rendu orgueilleux, présomptueux. . Porter au nord, au large, aller dans cette direction. Le navire porte à terre . Laisser , manœuvrer pour se laisser dériver par rapport au lit du vent. Toutes les voiles portent, prennent bien le vent. Porter plein , naviguer en gardant les voiles bien gonflées.
3. Porter de, avoir pour armoiries. Il porte d'azur au lion d'argent .

III. V. pron.
1. Se déplacer dans une direction donnée, aller d'un lieu à un autre. Se au-devant, à la rencontre de ses invités. La foule se porta vers les Tuileries. En cas de freinage, tout le poids du véhicule se porte vers l'avant . Se au secours de quelqu'un , lui venir en aide. Fig. Le choix du jury s'est porté sur ce film . Par ext. Se laisser aller à, en venir à. Se à des excès regrettables, aux pires extrémités .
2. Se présenter pour, se proposer comme. Il s'est porté volontaire pour cette mission. Il se porte candidat dans cette circonscription . . Se partie civile, demander devant la juridiction pénale réparation du préjudice que l'on estime avoir subi. Se héritier, accepter une succession dont on est l'héritier, sans condition ou sous bénéfice d'inventaire. Se caution, garant, se dit d'une personne qui s'engage, notamment envers un créancier, à remplir une obligation contractée par un tiers, au cas où celui-ci ne pourrait y satisfaire. Fig. Je me porte garant de son honnêteté . Loc. Se fort pour quelqu'un, se garant pour lui ou répondre de son consentement.
3. Être dans telle ou telle disposition physique, morale, etc. Se bien, mal. Comment vous portez-vous ? Par anal. Ses affaires ne se portent pas très bien. Expr. Se comme un charme, comme le Pont-Neuf, être en parfaite santé. Iron. Bien se , être bien en chair. Fam. Je ne m'en porte pas plus mal ! se dit pour évoquer un évènement dont, contre toute attente, on s'accommode. Moins je le vois, mieux je me porte .


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Soutenir quelque chose, être chargé de quelque poids. "Porter un sac de blé. Porter un ballot de livres. Porter du bois. Porter de l'eau. Porter sur la tête. Porter sur le dos. Porter sur les épaules. Porter à bras. Porter dans ses bras. Porter une hotte. On le portait dans une chaise. Vous ne pouvez cela d'une main."
"Porter la queue de quelqu'un," Soutenir la queue de sa robe afin qu'elle ne traîne pas.
Prov. et fig., "Chacun porte sa croix en ce monde," Il n'y a personne qui n'ait ses afflictions particulières.
Fig., "Avoir plus de travail, plus d'affaires qu'on n'en peut ," Être chargé de tant de travail, d'une si grande quantité d'affaires, qu'on n'y saurait suffire.
Fig., "Porter tout le poids des affaires," En être chargé seul, en avoir seul tout le travail.
Fig., "Il en a la peine," Il en sera responsable, il en sera puni. On dit, familièrement, dans le même sens, "Il en a la folle enchère."
Fig., "Porter le joug," Être dominé par quelqu'un.
Fig. et fam., "Porter quelqu'un sur les épaules," En être importuné, ennuyé, excédé. "C'est un homme qu'on porte sur les épaules. Je le porte sur les épaules."
Fig., "Porter quelqu'un dans son coeur," Le chérir extrêmement. "Il ne le porte pas dans son coeur," Il ne l'aime pas du tout.
Fig., "L'un portant l'autre" ou "Le fort portant le faible," En compensant l'un avec l'autre, de manière à former une quantité moyenne. "Cette vigne, cette terre rapporte tant tous les ans, l'un portant l'autre, le fort portant le faible."
Fig., "Porter quelqu'un," Mettre en avant quelqu'un comme candidat, dans une élection. "Qui portez-vous? Je porte un tel à la députation. Il sera porté par la majorité de l'assemblée."
Fig., "Être porté par l'opinion," Avoir la faveur publique.
En termes de Manège, "Porter son cheval," Le soutenir, en marchant, de la main, des jarrets et des cuisses.
PORTER se dit aussi des Chevaux, des bêtes de charge et des objets inanimés qui soutiennent quelque chose de pesant. "Le cheval qui le portait. Ce vaisseau porte cinq cents hommes d'équipage et des vivres pour six mois. La glace est assez solide pour plusieurs personnes. Ces colonnes portent une galerie."
"Cette rivière porte bateau," Elle est navigable.
En termes de Marine, "Porter de la toile," Avoir beaucoup de voiles dehors. "Porter bien, mal la voile," Se com bien, se com mal dans la navigation à voile.
PORTER se dit absolument de la Glace qui est assez solide pour soutenir le poids des hommes, des voitures. "La glace porte. Le fleuve était pris, il portait".
PORTER s'emploie figurément dans le sens de Soutenir, en parlant de Dignités, d'honneurs, etc. "Il porte bien sa nouvelle dignité. Il porte mal un nom célèbre."
Il signifie encore Supporter, souffrir, endurer. "Il porte patiemment sa disgrâce. ce vin porte bien l'eau," On ne laisse pas d'en sentir encore la force quand on y met de l'eau. On dit dans le sens contraire : "Ce vin ne porte pas l'eau."
"Porter bien le vin," Boire beaucoup de vin sans s'enivrer.
"Cet homme porte bien son âge," Il conserve dans un âge avancé un air de vigueur et de santé. Dans un sens opposé et moins ordinaire, "Porter bien son âge" signifie Annoncer par son extérieur l'âge que l'on a. On dit encore : "Il porte cinquante ans," Il paraît avoir cinquante ans.
PORTER signifie aussi simplement Avoir sur soi ou tenir à la main, sans égard à la pesanteur de la chose. "Il ne porte jamais d'argent sur lui. Il porte toujours quelque livre dans sa poche. Porter un bouquet à la main."
Il se dit particulièrement, dans cette acception, en parlant de Tout ce qu'on met sur soi, pour servir à l'habillement, à la parure, à la défense, ou pour marquer la profession, l'état, la dignité. "Porter une robe toute simple. C'est un vêtement qui n'a jamais été porté. Porter du velours, du satin. Porter des dentelles. Porter des chemises fines. Porter perruque. Il porte toute sa barbe. Porter un collier de perles. Porter une bague au doigt. Porter des plumes à son chapeau. Porter lunettes, des lunettes. Porter une décoration."
"Porter l'épée, la robe, la soutane, le petit collet, le froc, la livrée", Être officier, magistrat, ecclésiastique, abbé, moine, laquais.
"Porter les armes", Servir dans une armée, faire la guerre. "Il a porté les armes sous tel général. Il porta les armes contre son pays."
Dans le langage militaire, "Porter l'arme, les armes", Exécuter, au commandement, avec le fusil, le mousqueton ou le sabre un certain mouvement que les règlements décrivent diversement selon les époques. "Porter les armes à quelqu'un", Exécuter ce mouvement pour rendre les honneurs à quelqu'un.
Fig. et pop., "Cette femme porte la culotte," Elle est plus maîtresse dans sa maison que son mari.
"Porter le deuil d'une personne", Être en deuil d'une personne.
"Porter les couleurs d'une dame," Porter dans son ajustement les couleurs qu'elle affectionne le plus; et, au figuré, Se mettre au rang de ses adorateurs.
"Cela ne se porte plus", Ce n'est plus à la mode.
"Cela est bien porté, est mal porté", Cela est de bon, de mauvais ton. Il se dit aussi, figurément, du Bon, du mauvais usage.
PORTER se dit aussi des Différentes manières de tenir son corps, sa tête, ses bras, etc., et de tout ce qui regarde la contenance et le geste. "Porter la tête haute. Porter les pieds. en dehors. Porter le bras en écharpe".
Il se dit en ce sens des Animaux, et principalement des Chevaux et des chiens. "Ce cheval porte bien sa tête; il porte beau. Ce cheval porte haut, porte bas. Ce chien porte bien ses oreilles. Ce chien porte bas l'oreille".
"Porter beau" se dit aussi familièrement d'une Personne, principalement d'un Homme d'un certain âge, qui a de l'élégance et un air de jeunesse et de vigueur.
PORTER signifie aussi Trans une chose d'un lieu dans un autre. "Porter une lettre à la poste. Faire des marchandises dans un magasin. Portez ces papiers dans mon cabinet."
"Porter quelqu'un en terre," Le pour l'enterrer.
PORTER signifie encore Pousser, étendre, élever, faire aller, conduire. "Il faut ce mur plus loin", Il faut le démolir et le reconstruire plus loin; ou bien, Il faut le prolonger. "Il faut cette haie encore plus loin. La tempête porta le navire contre un écueil. Porter le pied en avant. Porter sa main à sa bouche, à sa tête. Des tuyaux qui portent l'eau dans un jardin."
"Porter la main à l'épée, la main au chapeau," Étendre sa main pour tirer l'épée, ou pour ôter son chapeau.
"Porter la main sur quelqu'un", Le frapper.
PORTER s'emploie aussi figurément dans le sens de Transporter, transmettre, pousser, étendre, élever. "Il a porté dans ces contrées quelques-uns des arts de l'Europe. Il porta la guerre dans l'Asie. Il a porté le fer et la flamme dans cette province. Il a porté la désolation, la mort, le carnage dans le pays. Il porte le trouble, la confusion dans cette famille. Porter une nouvelle. Porter un ordre. Porter au loin la terreur de ses armes. Porter son ambition, ses espérances, ses désirs jusqu'aux plus grandes choses. On ne saurait le scrupule plus loin. Ses exploits ont porté sa gloire jusqu'aux extrémités du monde. Porter les sciences, les arts à leur perfection. Il porte tout à l'extrême. Il porte loin l'esprit d'économie. Porter son attention sur un objet. Il a porté ses soupçons jusque sur son frère. Il a porté la dignité, l'autorité de la magistrature à un haut degré. Il porte ses prétentions trop haut. Ce nouvel emprunt porte le total de sa dette à dix mille francs."
"Porter un article sur un registre, sur un livre de comptes", L'y inscrire. On dit dans le même sens : "Porter en compte. Porter en recette, en dépense. Porter au crédit, au débit." On dit encore : "Porter quelqu'un sur une liste".
Fig. et fam., "Il ne le a pas loin" se dit d'un Homme par qui on a été offensé et signifie qu'On s'en vengera avant peu. On dit dans un sens analogue : "Il ne le a pas en paradis".
Fig., "Porter une personne, une chose aux nues", La louer excessivement.
"Porter un coup à quelqu'un", Donner, ou tenter de donner un coup à quelqu'un. "Ils lui portèrent plusieurs coups, mais il les para tous. Porter un coup d'épée. Porter une botte".
Fig., "Cette affaire a porté un coup mortel à son crédit, à sa réputation", Elle a ruiné son crédit, sa réputation.
Fig., "Porter coup" se dit de Certaines choses qui font une grande impression ou qui tirent à conséquence. "Comme il ne dit rien qui ne soit à propos, toutes ses paroles portent coup. Cette démarche a porté coup".
Fig., "Porter coup" se dit aussi de Certaines choses qui nuisent. Ses plaisanteries portent coup. "Cette entreprise a porté coup à sa fortune. Ce chagrin porta coup à sa santé."
"Porter ombre, son ombre" se dit d'un Objet qui projette son ombre sur une surface.
"Porter ses regards, sa vue vers quelque endroit", Regarder, diriger ses regards, les fixer, les arrêter en quelque endroit.
Fig., "Porter sa vue bien loin", Prévoir de loin les choses à venir. "Porter ses vues bien haut," Former de grands desseins.
"Porter ses pas en quelque lieu", S'y transporter. "Où portez-vous vos pas?"
"Porter la santé de quelqu'un, une santé", Boire à la santé de quelqu'un, en invitant les personnes présentes à en faire autant. "À la fin du repas, on porta les santés". On dit dans le même sens : "Porter un toast à quelqu'un".
"Porter amitié, affection à quelqu'un;" et "Être porté d'amitié pour quelqu'un", Avoir de l'amitié, de l'affection pour quelqu'un.
"Porter envie", Envier. "Il ne faut pas envie aux succès d'autrui". Il signifie aussi Souhaiter, sans malveillance, un bonheur qu'on voit arriver à une autre personne. "Je porte envie à mon ami de ce qu'il a le plaisir d'être avec vous."
"Porter bonheur, malheur, chance à quelqu'un" se dit d'une Personne qui est censée influer sur le bonheur, sur le malheur de quelque autre. On le dit aussi des Choses. "Le service que je lui ai rendu semble m'avoir porté bonheur".
"Porter préjudice, un préjudice," Nuire. "Je serais désolé de vous préjudice. Sa négligence m'a porté un grand préjudice."
"Porter ombrage", Causer à quelqu'un une inquiétude provoquée par la crainte d'être éclipsé.
"Porter la parole," Parler au nom d'une autorité, d'une compagnie, d'un corps. "L'avocat général a porté la parole dans cette affaire. Il portait la parole pour sa compagnie".
"Porter à quelqu'un des paroles de paix, de conciliation", Lui faire de la part d'un autre des propositions pacifiques, conciliantes.
"Porter témoignage", Témoigner. "Il est odieux de témoignage contre la vérité. Je puis témoignage qu'il n'en a jamais dit un mot. Il a porté témoignage en laveur de l'accusé."
"Porter un jugement, son jugement sur quelque chose", Juger de quelque chose. "Je n'ai point encore porté de jugement là-dessus".
PORTER signifie, en outre, Soumettre à une juridiction, à un examen, à un jugement. "Il porta la proposition à la tribune. Il porta l'affaire à la Cour d'appel. Porter un procès devant le juge. La cause sera portée à l'audience. Porter sa plainte au magistrat". Absolument, "Porter plainte", Adresser à une autorité une plainte contre quelqu'un.
"Porter à la connaissance de", Faire connaître, faire savoir, informer. "Je porte à votre connaissance qu'une vacance s'est produite dans cette administration".
PORTER signifie aussi Induire, exciter à quelque chose. "Son inclination le porte à ce genre d'études. Les heures du soir portent à la mélancolie. C'est l'avarice qui l'a porté à cette bassesse. Ses amis l'ont porté à faire cette démarche".
PORTER se dit aussi des Femmes qui sont grosses. "Porter un enfant."
Il se dit, absolument, des Femelles des animaux. "Les cavales portent onze mois".
Il signifie aussi Produire; et il se dit de la Terre, des arbres, etc. "Des terres qui portent du froment. Un arbre qui porte de beaux fruits. L'arbre qui porte la noix muscade."
"Cette somme porte intérêt," Elle produit intérêt.
PORTER signifie quelquefois Causer, produire, amener avec soi. "Le vice porte avec lui sa punition. Toute bonne action porte avec soi sa récompense. Une pensée forte, juste, lumineuse porte avec elle son expression".
"Cela porte son excuse avec soi" se dit d'un Empêchement légitime qu'on allègue pour s'excuser de n'avoir pas fait une chose.
PORTER se dit en parlant de l'Esprit, du caractère et signifie Manifester, montrer. "Il a porté dans cette affaire un esprit de chicane. Il porte en toutes choses un grand esprit de justice. Il porte dans la société une humeur douce et facile."
Il signifie encore Avoir, présenter, offrir. "Il porte la tristesse peinte sur son visage. Il porte en lui le germe des plus heureuses qualités. Ce monument porte telle inscription. Cet acte ne porte point de date. Cette vaisselle porte les armes de telle famille. Tous les ouvrages de cet auteur portent la marque de son talent. Porter les marques d'un coup, d'une blessure. Certaines pierres portent des empreintes de poissons, de feuilles, etc. Les monuments de ce peuple portent un caractère de force et de grandeur qui étonne. Cette conduite porte le caractère de l'hypocrisie."
Il s'emploie absolument dans le même sens, en termes de Blason. "Il porte d'azur au lion d'argent. Il porte de gueules à trois besants d'or".
PORTER, en parlant d'Actes publics, de lettres et d'autres écrits, signifie Déclarer, dire, exprimer. "L'ordonnance porte que.... L'arrêt porte condamnation. Il est porté par le contrat que... Les peines portées par la loi. Comme le portent vos ordres".
PORTER est aussi verbe intransitif et signifie Poser, être soutenu. "Une poutre qui porte sur la muraille. Tout l'édifice porte sur ces colonnes".
"Porter à cru", Porter directement sur le sol.
"Porter à fond" se dit d'une Construction élevée à plomb sur son fondement.
"Porter à faux" se dit d'une Partie de construction qui est mal posée sur ce qui doit la soutenir, ou qui ne porte pas directement sur sa base, sur son point d'appui. "Cette poutre, cette pierre porte à faux". Voyez PORTE À FAUX à son ordre alphabétique.
Fig., "Ce raisonnement porte à taux", se dit d'un Raisonnement qui n'est pas concluant, soit que le défaut vienne du principe, soit qu'on fasse du principe une mauvaise application. "Cette voiture porte sur la flèche", Elle touche, elle bat sur la flèche quand elle est en mouvement. "La selle de ce cheval poile sur le garrot", Elle comprime le garrot du cheval.
En parlant d'Armes à feu, "Tirer à bout portant," En appuyant le bout de l'arme sur le corps de quelqu'un, ou au moins de fort près.
Fig. et fam., "Dire quelque chose à bout portant," Dire en face à une personne quelque chose de direct, d'inattendu, généralement de désobligeant, en tout cas de gênant. "Faire à quelqu'un des reproches, une scène à bout portant. Il souffrait à recevoir de tels éloges à bout portant."
Fig., "La perle dans ce combat a porté principalement sur ce corps", Ce corps a principalement souffert, a perdu le plus de monde.
Fig., "Cette observation, cette critique, cette objection porte sur telle chose, etc"., Elle a telle chose pour objet. "Cet examen porte sur la géographie."
En termes de Marine, "Porter au sud, au nord, etc.," Gouverner, faire route au sud, au nord, etc. On dit de même "Porter au large, à terre. Laisser " signifie Venir sous le vent pour se rapprocher du vent arrière.
PORTER, , signifie aussi Atteindre; et, en ce sens, il se dit principalement des Armes de trait et des armes à feu, ainsi que de leurs projectiles. "Ce canon, ce fusil, cette arbalète porte loin. Les flèches ne sauraient jusque-là. Tous les traits ont porté".
Il se dit également des Coups d'armes à feu et autres. "Tous les coups que l'on tire ne portent pas."
Il signifie aussi Toucher au but, l'atteindre. "Le coup a porté juste."
Il se dit, figurément, de Ce qui fait impression, de ce qui est décisif. "Son discours a porté. Il n'y a pas, dans cette lettre, un mot qui ne porte."
"Cette objection ne porte pas", Elle n'atteint pas son but.
PORTER signifie aussi Parcourir une certaine étendue, en parlant du son, du regard. "Sa vue porte loin. Le bruit de la fusillade portait à deux kilomètres." Il se dit du Vent en un sens analogue. "Quand le vent porte, le bruit des cloches du village voisin vient jusqu'ici."
"La tête a porté" se dit en parlant d'un Coup que l'on s'est donné à la tête en tombant.
Fig., "Porter à la tête" se dit d'une Boisson ou d'une vapeur qui étourdit, qui entête. "Ce vin porte à la tête. Cette odeur me porte à la tête". On dit aussi "Porter sur les nerfs", en parlant de Certaines choses qui irritent, qui agacent les nerfs.
SE PORTER signifie Aller, se transporter. "Le roi, le général se porta, se porta de sa personne au fort de la mêlée. Se sur la ligne de bataille. La foule se porte à tel endroit. Cette pièce réussit, la foule s'y porte, on s'y porte en foule."
Fam., "On s'y porte", se dit en parlant d'un Lieu où il y a une grande foule, où l'on est très serré.
SE PORTER se dit, dans une acception analogue à la précédente, en parlant de Diverses choses. "Le sang s'est porté à la tête. Tout le poids se porte de ce côté. La curiosité, l'intérêt se portait principalement sur lui."
Il se dit encore en parlant de la Disposition de l'esprit, de l'inclination, de la pente qu'on a à faire quelque chose. "C'est un jeune homme qui se porte au bien. Il s'est porté à cela de lui- même. Il se porte avec ardeur à tout ce qu'il fait. Il se porte au mal." Il est vieux.
"Se à la dernière extrémité, aux dernières extrémités, à des extrémités contre quelqu'un," Le traiter avec la dernière sévérité, exercer sur lui des actes de violence, d'emportement. On dit de même "Se à des excès".
SE PORTER signifie aussi Se présenter comme candidat à un poste électif. "Il se porte dans le premier arrondissement."
En termes de Procédure, "Se partie civile contre quelqu'un", Intervenir contre lui dans un procès. "Se héritier" ou "pour héritier," Prendre la qualité d'héritier, se déclarer héritier et agir en cette qualité.
"Se fort pour quelqu'un," Répondre, se caution pour lui.
SE PORTER se dit aussi en parlant de la Santé. "Se bien. Se mal. Comment vous portez-vous? Prenez de l'exercice : vous vous en ez mieux." Fig., "Ses affaires ne s'en portent pas plus mal."
Il signifie aussi Être porté comme vêtement ou comme parure. "Cette étoffe ne se porte plus. Les pendants d'oreille se portent moins aujourd'hui qu'autrefois."
ÊTRE PORTÉ signifie Avoir de l'inclination, de la disposition. "Il est porté à médire."
"Être plus porté pour une chose que pour une autre", Avoir plus de dispositions, plus de goût pour une chose que pour une autre.
Fam., "Être porté sur sa bouche", Être gourmand.
Le PORTÉ s'emploie aussi adjectivement. "Vous voilà tout porté", se dit en s'adressant à Quelqu'un qui n'a point à se déplacer. "Restez ici à dîner, vous voilà tout porté".
En termes de Peinture, "Ombre portée", Toute ombre qu'un corps projette sur une surface.



1ère définition d'Emile Littré

Verbe 



 1   Soutenir comme on soutient une charge, un faix.
RAC.: « Ô Dieu, que la gloire couronne, Dieu, que la lumière environne, Qui voles sur l'aile des vents, Et dont le trône est porté par les anges »
VOLT.: « Devant elle [la Liberté] on portait ces piques et ces dards, On traînait ces canons, ces échelles fatales Qu'elle-même brisa, quand ses mains triomphales De Genève en danger défendaient les remparts »
VOLT.: « Au bûcher qui l'attend vous allez la ? »
VOLT.: « J'ai porté dans mes bras l'empereur à l'armée »
SÉGUR: « Déjà, lui [Rapp] le premier, il touchait [à la redoute], lorsqu'à son tour il est atteint ; c'était sa vingt-deuxième blessure.... on porta Rapp à l'empereur, qui lui dit : Eh quoi, Rapp, toujours ? »
    Fig.
VAUVENARGUES.: « Lorsqu'une pensée est trop faible pour une expression simple, c'est la marque pour la rejeter »
    Porter la croix, se dit de Jésus-Christ portant le bois de sa croix jus qu'au lieu du crucifiement.
BOURDAL.: « On lui donne même à la croix qui lui est destinée »
    Fig.
PASC.: « L'école d'un Dieu qui nous enseigne à tous les jours notre croix, et à renoncer à nous-mêmes »
    Prov. Chacun porte sa croix en ce monde, c'est-à-dire chacun a ses afflictions particulières.
    Porter la robe, la queue de quelqu'un, soutenir a queue de sa robe, afin qu'elle ne traîne pas par terre.
    Être porté sur, marcher involontairement sur.
VOLT.: « On marche, on est porté sur les corps des mourants »
    Fig. et familièrement. En (sous-entendu des cornes), être mari malheureux, trompé.
    Ironiquement. Il est le plus fort, il a les coups, c'est-à-dire c'est lui qui sera battu.
    Fig. Porter tout le poids des affaires, en être chargé seul.
LA FONT.: « Il dit que du labeur des ans Pour nous seuls il portait les soins les plus pesants »
    Fig. Porter le poids du jour et de la chaleur, avoir seul toute la fatigue, tout le travail, tandis que les autres se reposent.
    Avoir plus de travail, plus d'affaires qu'on n'en peut , être chargé de tant de travail, de tant d'affaires qu'on n'y peut suffire.
DIDER.: « J'ai de la peine tout ce que j'en peux »
    Fig. Porter le joug, subir l'autorité de quelqu'un.
CORN.: « Ô a le joug désormais sans se plaindre »
    Fig. Porter des fers, être captif, être esclave.
    Porter des fers se dit aussi de l'esclavage amoureux.
RAC.: « Le sort vous y voulut l'une et l'autre amener, Vous pour des fers, elle pour en donner »
    Fig. Porter. Être chargé de.
LEGOUVÉ: « Me voilà seul, portant la haine universelle ! »
    Il en a la peine, il en sera puni.
SACI: « Il a la peine de son iniquité »
RAC.: « Nos pères ont péché, nos pères ne sont plus, Et nous portons la peine de leurs crimes »
    Il en a la folle enchère, c'est lui qui en sera responsable.
    Fig. Porter les iniquités d'autrui, être puni pour autrui.
MAIRET: « Que tous les serviteurs et les proches des traîtres Portent l'iniquité des parents et des maîtres »
    Fig. et familièrement. On le porte sur les épaules, se dit de quelqu'un d'ennuyeux, de fatigant.
    Fig. Porter dans son coeur, chérir.
BOSSUET: « Sachez que je vous porte toutes dans mon sein et dans mes entrailles ; vous m'êtes toutes présentes à l'esprit jour et nuit »
FÉN.: « Vous ne sauriez lire Démosthène sans voir qu'il porte la république dans le fond de son coeur »
BEAUMARCH.: « Mes chers enfants, je vous porte en mon coeur »

 2   Terme de manége. Porter son cheval, le soutenir, en marchant, de la main, des jarrets et de la cuisse.
    Porter en avant, faire aller son cheval devant soi à droite ou à gauche.
    Porter haut, faire marcher son cheval la tête levée.

 3   Se dit des femmes et des femelles d'animaux qui ont, pendant un temps déterminé, le nouvel être dans leur sein.
SACI: « Une mère peut-elle oublier son enfant et n'avoir point de compassion du fils qu'elle a porté dans ses entrailles ? »
BOSSUET: « Heureuses les entrailles qui n'ont pas porte d'enfants [lors de la ruine de Jérusalem] ! »
BUFF.: « La femelle du buffle ne fait qu'un petit, et le porte environ douze mois »
    Absolument. Les cavales portent onze mois.
BUFF.: « Il y a une variété infinie dans les animaux pour le temps et la manière de , de s'accoupler et de produire »
    Il se dit de la terre, des arbres qui produisent, parce que la terre, l'arbre portent ce qui est produit.
FÉN.: « Quand nous arrivâmes sur cette côte, nous y trouvâmes un peuple sauvage qui errait dans les forêts, vivant de sa chasse et des fruits que les arbres portent d'eux-mêmes »
VOLT.: « Le pays [la Suède] est stérile et pauvre ; la Scanie est la seule province qui porte du froment »
    Fig.
BOSSUET: « Les grands hommes se font les uns les autres ; et, si Rome en a plus porté qu'aucune autre ville, c'est que l'État romain était, pour ainsi parler, du tempérament qui devait être le plus fécond en héros »
VOLT.: « Si le climat avait tant de puissance, la Grèce ait encore des Platon et des Anacréon, comme elle porte les mêmes fruits et les mêmes fleurs »
    Cette somme porte intérêt, elle produit un intérêt.
    Fig.
DIDER.: « Au fond du coeur reconnaissant le bienfait porte intérêt »
    Ce billet a porté, n'a pas porté, il a gagné, il n'a pas gagné.

 4   Trans d'un lieu en un autre. Portez ces papiers dans mon appartement. On porta les tableaux dans le musée. Porter une lettre à la poste.
LA FONT.: « Quand il fut question de ce tribut [une somme d'argent], Le mulet et l'âne s'offrirent, Assistés du cheval ainsi que du chameau »
    Fig.
CORN.: « Vous portâtes soudain la guerre dans la Perse »
MOL.: « Il n'y a chose si innocente où les hommes ne puissent du crime »
SÉV.: « Quand vous vous promenez par ces beaux jours que je connais, y portez-vous cette douleur et cette pesanteur ? n'êtes-vous jamais sans plus ou moins de cette incommodité ? »
BOSSUET: « Aussitôt qu'il eut porté de rang en rang l'ardeur dont il était animé »
FLÉCH.: « Qui est-ce qui a jamais porté plus de voeux et plus de prières au pied du trône ? »
RAC.: « Faites-lui concevoir Qu'il doit ailleurs ses voeux et son espoir »
ROLLIN: « L'heureux succès de cette première expédition des Carthaginois leur fit naître l'envie de leurs armes en Espagne »
VOLT.: « Tu sais que je te quitte, et le destin m'ordonne De nos drapeaux aux champs de Babylone »
VOLT.: « J'ai porté mon courroux, ma honte et mes regrets Dans les sables mouvants, dans le fond des forêts »
J. J. ROUSS.: « Oui, portez-lui la foi que vous m'avez jurée ; que votre coeur remplisse avec elle tous les engagements qu'il prit avec moi »
RAYNAL: « La hardiesse du célèbre Drake, qui porta le ravage sur les côtes du Pérou Porter la mort, causer la mort de beaucoup. »
QUIN.: « Je [la Gorgone] porte l'épouvante et la mort en tous lieux ; Tout se change en rocher à mon aspect horrible ; Les traits que Jupiter lance du haut des cieux N'ont rien de si terrible Qu'un regard de mes yeux »
RAC.: « Vous portâtes la mort jusque sur leurs murailles »
    On dit dans un sens analogue : le carnage.
VOLT.: « Et moi jusqu'en son camp j'ai porté le carnage »
    Porter la vie, vivifier, ranimer.
ST-LAMB.: « Et l'astre qui les dore [les montagnes] en ouvrant sa carrière, Sans y la vie y répand la lumière »
    Fig. et familièrement. Il ne le a pas loin, il ne le a pas en paradis, en l'autre monde, c'est-à-dire je me vengerai.
VOLT.: « Si dans mon pays un pareil dieu venait faire un pareil miracle, il ne le ait pas loin »
    Ne pas le loin, succomber promptement à une maladie, à un chagrin.
SAINT-SIMON: « M. et Mme de Chaulnes ne s'en consolèrent ni l'un ni l'autre [de la perte du gouvernement de Bretagne], et ne le portèrent pas loin »
    Porter quelqu'un en terre, le pour l'enterrer.
VOLT.: « Sur la fin d'avril 1774, le roi, allant à la chasse, rencontre le convoi d'une personne qu'on portait en terre »
    Porter quelqu'un par terre, le renverser.
LESAGE: « Le Tolédan ne put résister à la force du coup qui le porta par terre »

 5   En parlant des animaux, soutenir, trans quelque chose de pesant. Un mulet portant cinq cents pesant. Le cheval qui le portait s'abattit.
DUCLOS: « Brezé lui disait quelquefois [à Louis XI, qui disait qu'il portait tout son conseil dans sa tête], par une équivoque du goût de ce temps, que son cheval était le plus fort qu'il y eût au monde, puisqu'il portait le roi et son conseil »

 6   Il se dit des nouvelles, des ordres qui sont transmis. Il porte de mauvaises nouvelles.
BOSSUET: « Lorsque, occupé d'un côté, il envoie reconnaître l'autre, le diligent officier qui porte ses ordres, s'étonne d'être prévenu et trouve déjà tout ranimé par la présence du prince »
SÉGUR: « Ce fut à la sinistre lueur des flammes du bazar que Napoléon l'acheva [une lettre à Alexandre], et que partit le Russe ; celui-ci dut la nouvelle de ce désastre à son souverain, dont cet incendie fut la seule réponse »
    Porter la parole, voy. PAROLE, n° 6.
    Porter parole, voy. PAROLE, n° 13.
    Porter témoignage, témoigner qu'une chose est ou n'est pas.
VOLT.: « Je vous avais bien dit que la pierre ait témoignage »

 7   Avoir sur soi ou tenir à la main, sans égard à la pesanteur de l'objet. Il ne porte jamais d'argent sur lui.
LA FONT.: « Donner la chasse aux gens Portants bâtons et mendiants (la Fontaine accorde les participes). »
    Fig.
MOL.: « Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu'il fait faire : l'amour »
MOL.: « Vous me jugez capable De vous en dot un bien considérable »
SÉV.: « Nous faisons voir, par les pièces mêmes de nos adversaires, que, comme les juifs, ils portent leur condamnation »
BOSSUET: « Un jeune prince du sang qui portait la victoire dans ses yeux »
RAC.: « Vous savez que les droits qu'elle porte avec elle Peuvent de son époux faire un prince rebelle »
MONTESQ.: « Bien loin que les rois de France puissent, de leur propre mouvement, ôter la vie à un de leurs sujets comme nos sultans, ils portent au contraire toujours avec eux la grâce de tous les criminels : il suffit qu'un homme ait été assez heureux pour voir l'auguste visage de son prince, pour qu'il cesse d'être indigne de vivre »

 8   Mettre sur soi pour servir à l'habillement, à la parure, à la défense. Porter des habits brodés. Porter une bague. Porter des pistolets, une épée, une cuirasse.
MOL.: « J'ai une délicatesse furieuse pour tout ce que je porte »
MOL.: « Où pouvez-vous donc prendre de quoi entretenir l'état que vous portez ? »
MOL.: « Il est bien nécessaire d'employer de l'argent à des perruques, lorsque l'on peut des cheveux de son cru, qui ne coûtent rien »
VOLT.: « On ne voit point ici la grandeur insultante Portant de l'épaule au côté Un ruban que la vanité A tissu de sa main brillante »
BUFF.: « Ils vont presque nus ; leur vêtement ne consiste que dans une toile de coton qui les couvre depuis la ceinture jusqu'au milieu de la cuisse ; c'est tout ce que la chaleur du pays leur permet, disent-ils, de sur eux »
RAYNAL: « Les femmes avaient les cheveux extrêmement longs, et les hommes les tenaient courts ; les femmes portaient en bracelets des os d'une blancheur éclatante que les hommes portaient en collier »
    Cela est bien porté, cela est mal porté, signifie qu'une mode ou un vêtement est porté par les personnes estimables ou du grand monde, ou bien par les personnes de bas étage ou sans moeurs.
    Fig. Bien , mal , soutenir avec honneur, avec déshonneur. Il porte mal une si haute dignité. Bien le nom de ses ancêtres.
J. J. ROUSS.: « Milord, me dit-il, en me donnant le saint nom d'ami, vous m'apprîtes à le »
    Il porte le cheveux longs, les cheveux courts, il se coiffe en cheveux longs, en cheveux courts.
    Porter la barbe, ne pas se raser la barbe, la laisser croître.
    On dit dans le même sens : moustache.
    Un homme portant barbe, un homme qui a de la barbe au menton, un homme fait.
    La gent qui porte crête, les poules et les coqs.
LA FONT.: « La gent qui porte crête au spectacle accourut »
    Porter lunettes, des lunettes, se servir de lunettes pour remédier à quelque défaut de la vue. Je suis myope, je porte lunettes.
    Porter le mousquet, servir comme soldat.
    Porter l'épée, être officier.
    Porter la robe, la soutane, le petit collet, le froc, être magistrat, ecclésiastique, abbé, moine.
    Porter la couronne, être roi.
GODEAU: « Tous les rois ont une couronne ; Tous ne la savent pas »
CORN.: « S'il portait la couronne ou de Sparte ou d'Argos »
    Porter les armes, faire la guerre, servir dans une armée.
    Autrefois, l'arme, faire le mouvement de l'arme, qui consiste, pour les simples soldats, à la placer perpendiculairement contre l'épaule gauche ; aujourd'hui, placer l'arme sous le bras droit, le pontet en avant.
    Porter les armes à quelqu'un, lui faire le salut militaire qui consiste à l'arme. Les sentinelles portent les armes pour rendre le salut militaire.
    Il a porté les chausses, il a été page.
    Il a porté les couleurs, les livrées, la livrée, il a été laquais.
    Elle porte le haut-de-chausse, elle porte les chausses, elle porte la culotte, se dit d'une femme qui au logis est plus maîtresse que le mari.
    Porter les couleurs d'une dame, , dans son ajustement, des couleurs semblables à celles qu'elle affectionne le plus ; et fig. se mettre au rang de ses adorateurs.
    Porter le deuil d'une personne, être vêtu de vêtements de deuil à cause de la mort de cette personne.

 9   Il se dit du maintien, de la contenance, des attitudes, des différentes manières de tenir son corps, sa tête, ses bras. Porter la tête haute. Il portait le bras en écharpe.
    Porter le pied en dedans, en dehors, tourner, en marchant, la pointe du pied en dedans, en dehors.
    Bien son âge, bien son âge, avoir encore, malgré un grand âge, de la fraîcheur, de la vigueur, de l'agilité.
C. DELAV.: « Et si je forme un voeu, C'est que, vous ressemblant d'humeur et de visage, Le roi qui se fait vieux porte aussi bien son âge »
    En un autre sens, il porte bien son âge, il présente tous les signes d'un âge avancé.
    En parlant des animaux, particulièrement du cheval et du chien. Ce chien porte bas l'oreille.
BUFF.: « Ils [les fous] portent en volant le cou tendu et la queue étalée »
    Porter le nez au vent, ou, elliptiquement, au vent, se dit d'un cheval qui tient le nez en l'air, au vent.
    Fig. Porter le nez au vent, et, elliptiquement, au vent, avoir l'air hautain, avantageux.
LA BRUY.: « Ils portent au vent, attelés tous deux au char de la fortune, et tous deux fort éloignés de s'y voir assis »
DESTOUCH.: « Toujours portant au vent, fier comme un Ecossais »
    Porter haut, bas, se dit d'un cheval qui tient la tête haute, basse.
    Fig. Le haut, se prétendre de grande qualité, et aussi se prévaloir de ses avantages, afficher de grandes prétentions.
HAUTEROCHE: « On dirait d'un seigneur, tant il le porte haut »
MOL.: « Détrompez-vous, de grâce, et portez-le moins haut »
RAC.: « On lui impute qu'il aime à dominer, et qu'il aime mieux avoir dans son église des moines dont il prétend disposer, quoique peut-être il se trompe, que des chanoines séculiers qui le portent un peu plus haut »
    Ce cheval porte beau, il porte bien sa tête.
    Fig. Le beau, faire figure et parade.
    Terme de chasse. Lorsqu'un cerf pousse sa nouvelle tête, on dit qu'il porte quatre, six ou huit de refait. Il porte quatre, quand il a dehors un bout de perche et un tout petit andouiller ; six quand il a un petit surandouiller de plus ; huit, ou mi-tête lorsque chaque perche porte un andouiller, ce qui arrive vers la mi-mai.
    Porter la hotte, se dit d'un lièvre qui a beaucoup couru et dont le dos est arrondi.
    Porter le trait, se dit d'un limier qui va devant assez pour faire tendre le trait.

 10   Aux jeux de cartes, , avoir telle ou telle carte.
MOL.: « Je porte l'as de trèfle »
SAINT-SIMON: « Seissac fit une tenue à M. de Lorge, puis un va-tout qu'il gagna, ne portant quasi rien »
    Porter beau jeu, vilain jeu, avoir beau jeu, vilain jeu aux premières cartes. Bien , mal , garder ou écarter les cartes que la rentrée favorise.
    Porter une couleur, se dit de la couleur dont on a le plus de cartes en main. Il portait coeur, mais il ne lui est rien rentré.
    Porter à une couleur, se dit en parlant de la couleur dans laquelle on cherche à faire son jeu. Il portait à carreau.

 11   Il se dit des choses qui soutiennent comme on soutient un fardeau. Des colonnes qui portent une galerie.
BUFF.: « Les pièces de bois de quatorze pieds de longueur sur cinq pouces d'équarrissage peuvent au moins cinq milliers »
RAYNAL: « Il [le peuple de Sumatra] croit que la terre, parfaitement immobile, est portée par un boeuf, le boeuf par une pierre, la pierre par un poisson, le poisson par l'eau, l'eau par l'air, l'air par les ténèbres, les ténèbres par la lumière ; c'est là que finit son système »
    Familièrement. Tant que terre le pourra , aussi loin qu'il pourra aller.
SÉV.: « Ils sont allés à la rencontre de cette princesse, tant que terre les pourra »
    Fig. L'un portant l'autre, compensation faite du plus et du moins (locution qui signifie que l'un porte l'autre, que le plus fort soutient, compense le plus faible).
VOLT.: « On ne vit à Paris, l'un portant l'autre, que vingt-deux à vingt-trois ans ; l'un portant l'autre, on n'a tout au plus que cent vingt livres par an à dépenser »
VOLT.: « En France chaque mille carré contient 200 habitants, l'un portant l'autre »
D'ALEMB.: « La durée moyenne de chaque règne est d'environ 20 à 22 ans, en sorte que 15, 20, 30, 50 rois successifs et davantage ne règnent qu'environ 20 à 22 ans l'un portant l'autre »
    On dit dans le même sens : le fort portant le faible.

 12   En parlant d'un navire. Porter de la toile, de la voile, avoir beaucoup de voiles dehors.
D'ESTRÉES: « Les vents ayant été favorables depuis Madère, n'y ayant pas eu un seul jour de calme, on a porté beaucoup de voiles la nuit »
    Ce bâtiment porte la voile, porte bien la voile, il penche peu, quoiqu'il ait beaucoup de voiles et que le vent souffle avec quelque force.

 13   Porter bateau, se dit d'une rivière dont l'eau est assez profonde pour qu'on y puisse naviguer.

 14   Faire aller, diriger, conduire. Porter les aliments à sa bouche. Porter le pied en avant. Porter un verre à ses lèvres.
    Absolument.
BUFF.: « Il se sert de ses pieds de devant pour à sa gueule »
    Porter la santé de quelqu'un, une santé, boire à la santé de quelqu'un en s'adressant à un autre pour l'inviter à en faire autant ; ainsi dit, parce qu'en portant la santé on élève et porte en avant le verre.
BOILEAU: « Cependant mon hâbleur, avec une voix haute, Porte à mes campagnards la santé de notre hôte »
VOLT.: « Nous n'avons pas porté de santé, ma nièce et moi, depuis un souper où nous nous trouvâmes tous deux un peu mal, à Francfort »
    Porter la main à, étendre la main jusqu'à.
MONTESQ.: « J'ai bien sué pour le faire [un mouvement], dit-il en portant la main sur le front »
CONDIL.: « Qu'un habile organiste porte sans dessein les mains sur le clavier.... »
CHATEAUBR.: « Ils portaient ensuite cette même main au coeur, au front et aux yeux »
    Porter la main à l'épée, au chapeau, étendre la main pour tirer l'épée ou pour ôter son chapeau.
    Porter la main sur quelqu'un, le frapper, ou l'arrêter prisonnier.
SACI: « Je me garderais bien de la main sur la personne du fils du roi »
    Porter un coup à quelqu'un, lui donner un coup.
MONTESQ.: « Si le détestable parricide de notre grand roi Henri IV avait porté ce coup sur un roi des Indes »
    On dit dans le même sens : une botte.
    Fig. Porter un coup, un coup mortel, le dernier coup, ébranler, renverser.
VOLT.: « Le même jour que ce grand criminel Dut à la liberté le coup mortel »
VOLT.: « Pour le dernier coup à la France, l'empereur se ligue avec les Vénitiens, le pape Adrien et les Florentins »
    Porter un coup, se dit aussi des choses qui nuisent. Cette affaire a porté un coup à sa réputation. Ce malheur a porté un coup mortel à sa santé.
    Fig. Porter coup, se dit de choses qui font une grande impression. Toutes ses paroles portent coup.
    Porter coup se dit aussi de choses qui nuisent. Ce chagrin porta coup à sa santé.
    Fig. Porter bonheur, malheur, guignon, se dit des choses ou des personnes que l'on croit influer sur la réussite.
STAËL: « Si cela était, reprit-elle, c'est vous qui me iez bonheur, c'est à vo s que je devrais la protection du ciel »
    Fig. Porter préjudice, un préjudice, nuire.
    Porter ses pas en quelque lieu, s'y transporter.
VOLT.: « Sous les murs du palais quelqu'un porte ses pas »
    Porter les yeux, la vue, les regards sur, regarder.
CORN.: « Mais dessus ce vieillard plus je porte les yeux, Plus je crois l'avoir vu jadis en d'autres lieux »
    Fig.
RAC.: « Rome ne porte point ses regards curieux Jusque dans des secrets que je cache à ses yeux »
J. J. ROUSS.: « Gardons-nous d'oser un oeil curieux sur ces mystères ; rendons ce respect à l'essence infinie, de ne rien prononcer d'elle »
    Fig. Porter sa vue bien loin, prévoir les choses de loin.
    Fig. Porter ses vues bien haut, former de grands desseins.
    Au sens de faire aller, diriger, conduire, il se dit de choses qui donnent le mouvement. La tempête porta le vaisseau contre un écueil. Les courants portaient rapidement le navire à la côte. Des tuyaux qui portent l'eau dans un jardin.
ROTR.: « Le dessein généreux qui portait là ses pas »
BOSSUET: « Des figures qui semblent pleurer autour d'un tombeau.... des colonnes qui semblent vouloir jusqu'au ciel le magnifique témoignage de notre néant »
    Fig.
RAC.: « Ah ! qu'un seul des soupirs que mon coeur vous envoie, S'il s'échappait vers elle, y ait de joie ! »
    Ce fusil porte bien son plomb, c'est-à-dire le menu plomb qu'il lance ne s'écarte pas trop
    On dit de même : ce fusil porte bien la balle.
    Porter son ombre, ombre, se dit d'un corps qui projette son ombre sur une surface.
    Fig.
SÉGUR: « Qui ne sait que de pareils désordres ont toujours été le mauvais côté des grandes guerres, la partie honteuse de la gloire ; que la renommée des conquérants porte son ombre comme toutes les choses de ce monde ? »

 15   Terme de marine. Porter le cap à, avoir le cap dirigé vers, faire marcher le navire vers.
    Porter à la route, pousser, en parlant du vent, dans la direction de la route que veut faire le navire. Un moment après cette séparation [d'avec l'escadre de M. de Preuilly], nous essuyâmes un coup de vent le plus terrible dont j'aie mémoire ; mais il dura peu et nous porta à la route, Mém. du marquis de Villette, dans JAL.

 16   Pousser, étendre. Il faut plus loin ce mur, cette haie.
VAUGEL.: « Après avoir porté votre empire jusqu'aux extrémités de la terre »
CORN.: « D'avoir porté si loin vos armes dans l'Asie Que même votre Rome en a pris jalousie »
    Fig.
SÉV.: « Serait-il possible que vous ne lui eussiez point fait vos compliments [au cardinal Forbin de Janson] comme tout le monde ? auriez-vous porté si loin vos vieux ressentiments ? »
SÉV.: « Comme on dit sans cesse aux humains qu'ils ne sont estimables qu'au tant qu'ils aiment la gloire, ils portent là toutes leurs pensées, et cela forme toute la bravoure française »
BOSSUET: « Pendant qu'il passait sa vie dans ces occupations, et qu'il portait au-dessus de ses actions les plus renommées la gloire d'une si belle et si pieuse retraite »
BOURDAL.: « Ne portez pas la vengeance jusqu'à lui ravir une vie spirituelle et immortelle »
LA BRUY.: « Ce palais achevé, et dans cette splendeur où vous désirez de le avant de l'habiter »
ROLLIN: « Les Athéniens n'occupaient pas un for grand terrain dans la Grèce ; mais jusqu'où leur réputation ne s'étendit-elle point ? en portant le sciences à leur perfection, ils portèrent leur propre gloire à son comble »
ROLLIN: « Athènes n'est point née pour le repos ; ce n'est point par cette voie que nos ancêtres l'ont portée au point de grandeur où nous la voyons »
VOLT.: « À ce coupable excès sa hardiesse ! »
DIDER.: « Il [Anaximandre] passe pour avoir porté les mathématiques fort au delà du point où Thalès les avait laissées »
    Porter haut une chose, la faire valoir, la relever.
CORN.: « Mais porte-lui si haut la douceur de régner, Qu'à cet éclat du trône il se laisse gagner »
CORN.: « Porte, porte plus haut le fruit de ta victoire : Je t'ai donné la vie et tu me rends ma gloire »
    Porter haut, signifie aussi élever à un haut degré de perfection.
MOL.: « Je n'ai jamais vu si haut l'élégance de l'ajustement »
    Fig. Porter aux nues, aux cieux, louer extrêmement.
VOLT.: « On porte jusqu'aux cieux leur justice suprême »
    Fig. Porter dans l'esprit, persuader.
VOLT.: « Une banqueroute immense d'un de leurs missionnaires acheva de les perdre [les jésuites].... ces seuls mots de missionnaires et de banqueroutiers, si peu faits pour être joints ensemble, portèrent dans tous les esprits l'arrêt de leur condamnation »

 17   Fig. Montrer, manifester. On porte partout son caractère.
GENLIS: « Je désire vivement voir le monde et le connaître ; mais j'y ai bien de la gaucherie et de la timidité Témoigner, en parlant de sentiments. »
CORN.: « Mais cette amour si ferme et si bien méritée Que tu m'avais promise et que je t'ai portée »
MONTESQ.: « Un mari, une femme, un père, un fils ne sont liés entre eux que par l'amour qu'ils se portent, ou par les bienfaits qu'ils se procurent »
    Porter amitié, affection à quelqu'un, l'avoir en amitié.
    Porter honneur, respect, honorer, respecter.
MARIV.: « Nous vous y ons autant de respect que si vous étiez chez vous, ainsi qu'il est juste »
    Porter envie, envier.
    Porter envie, signifie aussi souhaiter pour soi, sans malveillance, un bonheur qu'on voit arriver à un autre.
DELILLE: « Hélas ! à notre sort ne portez point envie, Un seul de vos printemps vaut toute notre vie »

 18   Il se dit simplement pour avoir.
TRISTAN: « Sous un visage d'homme il porte un coeur de marbre »
CORN.: « Je porte un coeur sensible, et vous l'avez percé »
CORN.: « Parmi ces grands sujets d'allégresse publique Vous portez sur le front un air mélancolique »
CORN.: « De qui même le front, déjà pâle et glacé, Porte empreint le trépas dont il est menacé »
PASC.: « Ils ne savent que trop que l'homme, par sa propre nature, a toujours le pouvoir de pécher et de résister à la grâce, et que, depuis sa corruption, il porte un fond malheureux de concupiscence, qui lui augmente infiniment ce pouvoir »
FLÉCH.: « Portant encore sur leurs corps les glorieuses marques des tourments qu'ils avaient soufferts »
LESAGE: « Quoiqu'il soit Italien et qu'il porte une face équivoque, il peut être un fort honnête homme »
MARIVAUX: « Monsieur porte sur sa physionomie les traits de probité dont cette action est une preuve éclatante »
VOLT.: « J'ai beaucoup vu dans mon enfance l'abbé Gédouin, l'abbé de Châteauneuf et Mlle Lenclos ; je puis assurer qu'à l'âge de quatre-vingts ans son visage portait les marques les plus hideuses de la vieillesse »
J. J. ROUSS.: « On ne corrige pas les moeurs, on les peint, et un laid visage ne paraît point laid à celui qui le porte »
BEAUMARCH.: « Ce misérable enfant qui porte les traits d'un perfide »
    Familièrement. Il montre tout ce qu'il porte, il découvre les parties du corps qu'il devrait cacher.
    Cet homme porte la mine d'avoir fait telle chose, on juge à sa mine qu'il a fait telle chose.
    On dit dans le même sens : il porte tout l'air d'un fripon, il porte la mine d'un drôle.
MOL.: « Ce monsieur Loyal porte un air bien déloyal »
    Il porte sa recommandation sur sa figure, c'est-à-dire sa figure prévient en sa faveur.
    Porter un nom, être nommé ou intitulé de telle ou telle façon.
RAC.: « Quoique ma tragédie [Andromaque] porte le même nom que la sienne [d'Euripide], le sujet en est pourtant très différent.... »
FONTEN.: « Sa première pièce [de Corneille] fut donc Mélite ; la demoiselle qui en avait fait naître le sujet porta longtemps dans Rouen le nom de Mélite, nom glorieux pour elle, et qui l'associait à toutes les louanges que reçut son amant »
DIDER.: « Robert Sorbon s'est immortalisé par la maison qu'il a fondée, et qui porte son nom »
D'ALEMB.: « Que le favori d'Auguste [Mécène] serait surpris de voir son nom si souvent profané, et le ton rampant que les gens de lettres prennent avec ceux qui le portent ! »
    Il se dit aussi des objets qui ont en soi ou sur soi quelque chose. Ce monument porte telle inscription.
CORN.: « Ce que je veux de toi porte le caractère D'une vertu plus haute et digne de te plaire »
MONTCRIF: « Un ridicule qui porte un caractère d'agrément »
BERNIS: « L'univers porte encor les marques du chaos »
    Porter en soi quelque honte, avoir en soi quelque chose de honteux.
CORN.: « Accepter de l'argent porte en soi quelque honte »
    Cela porte son excuse avec soi, se dit d'un empêchement légitime qu'on allègue, pour s'excuser de n'avoir pas fait quelque chose.
    Cette viande porte sa sauce, ce fruit porte son sucre, la sauce, le sucre n'est pas nécessaire à cette viande, à ce fruit.

 19   Fig. Porter quelqu'un à, le faire parvenir à.
CORN.: « Moins pour me seoir si haut, que pour vous y »
PASC.: « S'étant élevés jusqu'à un certain degré où ils [les anciens] nous ont portés, le moindre effort nous fait monter plus haut ; et avec moins de peine et moins de gloire nous nous trouvons au-dessus d'eux »
RAC.: « Pour vous au trône où vous n'osiez prétendre »
VERTOT: « Vous m'avez porté à cette haute dignité par des acclamations et des voeux publics qui me sont peut-être plus glorieux que la dignité même dont vous m'avez honoré »
    Aider de son crédit, favoriser. Il y a des personnes puissantes qui le portent.
SAINT-SIMON: « Le duc d'Orléans me croyait trop jacobite, il se persuadait que ma haine pour Noailles et mon éloignement de Canillac m'en donnaient pour les Anglais qu'ils portaient »
    Porter, se dit d'électeurs qui sont décidés à donner leurs voix à un candidat. Il est porté par la majeure partie des électeurs. Qui portons-nous ?

 20   Fig. Induire, exciter, pousser à, en parlant des personnes.
MOL.: « Elle m'a.... Tant dit qu'au désespoir je ais son âme, Si je lui refusais ce qu'exige sa flamme »
BOSSUET: « Il [Clovis] gagna sur les Allemands la bataille de Tolbiac par le voeu qu'il fit d'embrasser la religion chrétienne, à laquelle Clotilde sa femme ne cessait de le »
BOILEAU: « Quel démon vous irrite et vous porte à médire ? Un livre vous déplaît ; qui vous force à le lire ? »
MALEBR.: « La force qui met nos esprits en mouvement, c'est la volonté de Dieu qui nous anime et qui nous porte vers le bien »
    Être porté d'amitié pour quelqu'un, avoir de l'amitié pour lui.
    Il se dit aussi des choses qui poussent, excitent.
MALH.: « Je suis marri que la colère Me porte jusqu'à lui déplaire »
CORN.: « Je crois qu'un bon dessein dans le cloître te porte.... »
CORN.: « D'autres soins éteindront cette ardeur de vengeance ; Ceux de vous agrandir vous ont ailleurs »
PASC.: « Les tentations qui le portent au péché »
PASC.: « Il est impossible que cette surprise ne fasse rire, parce que rien n'y porte davantage qu'une disproportion surprenante entre ce qu'on attend et ce qu'on voit »
SÉV.: « Voyez un peu où me porte le libertinage de ma plume »
RAC.: « Qui sait même où m'allait ce repentir ? »
MAIRAN: « Quelques heureux essais d'éloquence le portèrent d'abord vers le barreau »
    Absolument.
SÉV.: « Et sur ces grands objets qui doivent à Dieu, vous vous trouvez embarrassé dans votre religion sur ce qui se passe à Rome et au conclave »
BUFF.: « Des accents de langueur qui, répandus sur le calme des eaux ou se mêlant à leur murmure, portent au recueillement et à la mélancolie »
STAËL: « Le spectacle de la nature, qui porte à la rêverie »

 21   Fig. Supporter, souffrir.
CORN.: « Ce coup est un peu rude à l'esprit le plus fort ; Et je doute comment vous portez cette mort »
BOURD.: « En consentant à prendre la robe d'un esclave, il a consenti à en toute l'ignominie »
RAC.: « Sans doute on ne veut pas que, mêlant nos douleurs, Nous nous aidions l'un l'autre à nos malheurs »
FÉN.: « J'aurais beaucoup de choses à vous proposer ; mais vous ne pouvez pas les maintenant »
MASS.: « Nous craignons comme le dernier des malheurs qu'on nous en prive [du temps] pour toujours, et nous craignons presque comme un malheur égal d'en l'ennui et la durée »
MASS.: « Dès que ce spectacle de vanité ne nous environne point, on porte impatiemment le silence et la solitude qui nous suit »

 22   Fig. Porter bien le vin, en boire beaucoup sans s'enivrer ; mal le vin, s'enivrer vite.
ROLLIN: « L'épitaphe de ce prince [Darius], où il se vante d'avoir eu le mérite de boire beaucoup et de bien le vin, montre que c'était là véritablement une gloire chez les Perses »
    Ce vin porte bien l'eau, il conserve une partie de sa force quoiqu'on y mette de l'eau. On dit dans le sens contraire : il ne porte pas l'eau.

 23   Soumettre à une juridiction.
MONTESQ.: « Ils [les rois] ne portaient point d'affaires au peuple qu'elles n'eussent été délibérées dans le sénat »
VOLT.: « On faisait un crime à Lalli de ne s'être pas emparé de ce poste, nommé Chetoupet, avant d'aller à Madras ; tous les maréchaux de France assemblés auraient eu bien de la peine à décider de si loin si on devait assiéger Chetoupet ou non ; et on portait cette question à la grand'chambre »
BARTHÉL.: « Les habitants des îles et des villes soumises à la république sont obligés de leurs affaires aux tribunaux d'Athènes, pour qu'elles y soient jugées en dernier ressort »
J. J. ROUSS.: « Je porte ma tête à la justice du roi, si je suis coupable ; mais, si c'est M. de Montaigu qui l'est, je porte ma plainte aux pieds du trône »
    Porter plainte, adresser à une autorité une plainte contre quelqu'un.
VOLT.: « De tous côtés, on portait des plaintes au parlement de refus de sacrements »
D'ALEMB.: « Environ deux années auparavant, le cardinal de Polignac avait déjà porté plainte contre l'abbé de Saint-Pierre, à l'occasion du mémoire de ce dernier sur l'établissement de la taille proportionnelle »

 24   Fig. Porter une loi, un arrêt, établir une loi, rendre un arrêt.
MONTESQ.: « L'an de Rome 428, les consuls portèrent une loi qui ôta aux créanciers le droit de tenir les débiteurs en servitude dans leurs maisons »
VOLT.: « Souillé de trois divorces et du sang de deux femmes, il [Henri VIII] fit une loi dont la honte et la cruauté sont égales : c'est que tout homme qui sera instruit d'une galanterie de la reine doit l'accuser sous peine de haute trahison »
VOLT.: « Quand l'arrêt est porté, qui conseille est coupable »
RAYNAL: « Pour contenir tant de nations diverses et si ennemies les unes des autres, il a été porté des lois atroces »
    Porter un arrêt, se dit aussi de la simple décision d'une volonté.
VOLT.: « L'arrêt qu'en ta faveur aura porté ma fille.... »
    Porter un jugement, son jugement d'une chose, sur une chose, la juger, l'apprécier.

 25   Fig. Inscrire. Porter quelqu'un sur une liste.
VOLT.: « Au lieu de fatiguer les conjurés de quantité de petites corrections qu'il faudrait sur l'ancien exemplaire, j'envoie un cinquième acte bien propre [du Triumvirat] »
RAYNAL: « Il se trouva plus d'une fois des articles qui n'étaient pas portés sur les factures »
    Dans le même sens, à compte, en recette, en débet, au crédit.

 26   Fig. Exprimer, déclarer. L'ordonnance porte que.... Que porte la lettre que vous avez reçue ? La traduction ne reproduit pas exactement ce que porte le texte.
BOSSUET: « L'arrêt porte restitution de fonds »
MONTESQ.: « La tradition portait que les armées de Sémiramis et de Cyrus avaient péri dans ces déserts »

 27   Fig. Évaluer.
VOLT.: « On dit que son mari [le duc de Choiseul] a autant de dettes qu'il a fait de belles actions ; on les porte à plus de deux millions »

 28   Fig. Causer, amener, entraîner avec soi, avec un nom de chose pour sujet.
MOL.: « Après son action qui n'eut jamais d'égale, Le commerce entre nous ait du scandale »
PASC.: « Un portrait porte absence et présence, plaisir et déplaisir ; la réalité exclut absence et déplaisir »
SÉV.: « L'amitié que j'ai pour vous porte bien des peines et des amertumes avec elle »
BOSSUET: « Le péché en général porte séparation d'avec Dieu, et attache très intime avec la créature »
D'ALEMB.: « Une pensée neuve, forte, juste, lumineuse porte avec elle son expression »

 29   Fig. Avoir telle dimension.
BUFF.: « J'ai fait abattre deux chênes fort lisses, dont la tige portait plus de vingt-cinq pieds sans aucunes grosses branches »
    Terme de maçon. Cette pierre porte tant de long et de gros, elle a tant de longueur et de grosseur.

 30   Fig. Comporter.
LA BRUY.: « S'ils n'ont pas plus d'esprit que ne porte leur condition »

 31   V. n. Être soutenu, être posé sur. Tout l'édifice porte sur ces colonnes.
MONTESQ.: « L'autre exige que mon corps porte sur mes genoux »
    Fig.
J. J. ROUSS.: « Sa confiance doit sur l'autorité de la raison »
DIDER.: « C'est un tissu d'idées qui ne portent sur rien »
    Porter à fond, en parlant d'une construction, reposer sur son fondement.
    On dit aussi dans la même acception : de fond.
    Porter à cru, reposer directement sur le sol même.
    Porter à faux, ne pas directement sur la base, sur le point d'appui, être mal posé, être hors de son aplomb. Cette poutre porte à faux.
    Substantivement, un porte à faux, un endroit d'une construction qui est hors de son aplomb. Il y a dans l'Église de Saint-Denis plusieurs porte à faux. Ce mur est hors d'aplomb, il est en porte à faux.
    Porter à faux, se dit aussi des parties en saillie, d'un balcon par exemple.
    Fig. Porter à faux, se dit de raisonnements, de propositions dont le principe est vicieux, ou qui ne sont pas d'accord avec leur principe.
VOLT.: « Je vous remercie de l'Anti-financier ; l'ouvrage est violent, et porte à faux d'un bout à l'autre »
    La selle de ce cheval porte sur le garrot, elle touche ce cheval sur le garrot.
    Ce carrosse porte sur la flèche, il touche, il bat la flèche quand il est en mouvement.
    Tirer à bout portant, tirer en appuyant le bout de l'arme sur le corps de quelqu'un ou du moins de fort près.
    Fig. Dire quelque chose à bout portant, dire en face quelque chose de fâcheux, de direct.
FAGAN: « On sent bien le reproche, il est à bout portant »

 32   Se dit de la glace qui est en état de soutenir les hommes, les voitures. Il a gelé fortement, la glace porte.
SÉGUR: « Le fleuve était pris, il portait : le cours des glaçons, que jusque-là il charriait, contrarié par un brusque contour de ses rives, s'était suspendu »

 33   Terme de blason. Avoir dans ses armes une certaine couleur. Il porte de gueules.
SAINT-SIMON: « Cette maison de Montfort portait d'argent à la croix de gueules, givrée d'or »

 34   Faire les commissions. Cette femme a longtemps porté pour une marchande de modes.

 35   Atteindre, en parlant des armes de jet, des projectiles, et de tout ce qu'on lance. Une longue carabine qui portait fort loin. Tous les traits ont porté. Le boulet ne porta que jusqu'au pied de la muraille.
PELLISSON: « Le premier soutenant que le canon ait au delà d'une hauteur voisine ; l'autre, au contraire, qu'il n'y ait pas »
SÉV.: « Le prince d'Harcourt et la Feuillade eurent querelle avant-hier..., le prince lui jeta une assiette à la tête, l'autre lui jeta un couteau ; ni l'un ni l'autre ne porta »
    Fig.
RETZ: « Les coups de canon que l'on tira à Bordeaux avaient porté jusqu'à Paris, avant même que l'on y eût mis le feu »
RAC.: « Ton triomphe est parfait ; tous tes traits ont porté »
    Il se dit également des coups d'armes à feu ou autres. La blessure est dangereuse, le coup a porté sur l'os.
    Porter juste, toucher au but, l'atteindre. Le coup a porté juste.
    Fig. Il se dit de ce qui fait impression, est décisif.
SÉV.: « Il n'y a pas un mot dans la vôtre [lettre] qui ne porte ; on ne voudrait ni en ôter ni en mettre un seul »
    Fig. Porter contre, être défavorable, en parlant des choses.
BOSSUET: « Par la même raison qu'il [Jurieu] a convaincu Luther d'impiété, il s'en est convaincu lui-même, et sa preuve porte contre lui »
    Fig. Je ne vois point où porte ce discours, je n'en vois pas l'intention.
    Fig. Cette observation, cette objection porte sur telle chose, elle a telle chose pour objet.

 36   Parcourir une certaine étendue, en parlant du son, du regard. Sa vue porte loin. Le bruit du canon portait à plusieurs lieues.
    Il se dit du vent, en un sens analogue. Quand le vent porte, on entend le bruit de la cascade jusqu'ici.

 37   Heurter, toucher. La tête a porté contre une pierre.
    Au jeu de paume, la balle a porté sur le toit, sur les deux toits, elle y a touché.
    La balle porte au mur, ou, absolument, la balle porte, de son premier bond elle touche au mur qui la renvoie.

 38   Terme de marine. Avancer vers.
     Rapport de J. Bart, 11 juill. 1694, dans JAL: Le Fortuné tira l'Adroit de l'embarras où le gros vaisseau l'aurait pu mettre ; il porta dessus et fit prendre le parti de faire...
    Porter au sud, au nord, etc. gouverner, faire route au sud, au nord.
    On dit de même. au large, à terre.
    Porter à telle aire de vent, gouverner à cette aire de vent.
    Porter plein ou bon plein, gouverner de manière à avoir du largue dans les voiles.
    Faire , remplir, gonfler de vent une voile ou les voiles.
     Mém. de Villette, 1677, dans JAL: Nous découvrîmes, à dix ou douze lieues de Naples, les quatorze vaisseaux hollandais.... nous fîmes à toutes voiles sur ces vaisseaux qui étaient sous le vent
    Laisser , laisser arriver.
    On dit qu'un courant porte à telle aire de vent, pour dire qu'il prend la direction de tel rumb.
BUACHE: « Des courants rapides qui portent quelquefois à l'est, et quelquefois à l'ouest »
    On dit qu'une voile porte, quand elle reçoit le vent sur sa face postérieure et fai


2ème définition d'Emile Littré

Subst. masculin 


Espèce de bière forte d'Angleterre.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


(On prononce "Portèr.") Mot emprunté de l'anglais. Espèce de bière forte. "Boire du . Une bouteille de ."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Soutenir quelque chose, être chargé de quelque poids. "Porter un sac de blé. Porter un ballot de livres. Porter du bois. Porter de l'eau. Porter un fardeau. Porter deux cents pesant. Porter sur la tête. Porter sur le dos. Porter sur les épaules. Porter une hotte. Porter à bras. Il fallut le à bras. Porter dans ses bras. On le portait dans une chaise. Se faire en chaise. Vous ne sauriez cela d'une main. Porter un étendard, un drapeau. Porter le dais du saint sacrement. Porter une châsse. Porter une bière."
Fig., "Avoir plus de travail, plus d'affaires qu'on n'en peut ," Être chargé de tant de travail, d'une si grande quantité d'affaires, qu'on n'y saurait suffire. "Porter tout le poids des affaires," En être chargé seul, en avoir seul tout le travail.
Prov. et fig., "Porter le poids du jour et de la chaleur," Faire tout le travail, endurer toute la peine, tandis que les autres se reposent.
Prov. et pop., "Il a été le plus fort, il a porté les coups," se dit D'un homme qui a été battu par un autre.
Fig., "Il en a l'iniquité, la peine," Il en sera responsable, il en sera puni. On dit, familièrement, dans le même sens, "Il en a la folle enchère."
Fig. et fam., "Porter les iniquités d'autrui," Payer les sottises que d'autres ont faites. "Vous me faites vos iniquités. Les enfants portent souvent les iniquités de leur père."
Prov. et fig., "Chacun porte sa croix en ce monde," Il n'y a personne qui n'ait ses afflictions particulières.
Fig., "Porter le joug," Être dominé par quelqu'un. "Cette femme le mène; mais il porte le joug impatiemment."
Fig. et fam., "Il ne le a pas loin," se dit D'un homme par qui on a été offensé, et signifie qu'on se vengera de lui dans peu. On dit dans le même sens, "Il ne le a pas en paradis, en l'autre monde."
Fig. et fam., "Porter quelqu'un sur les épaules," En être importuné, ennuyé, excédé. "C'est un homme qu'on porte sur les épaules. Je le porte sur les épaules."
Fig., "Porter quelqu'un dans son coeur," Le chérir extrêmement.
"Porter la robe, la queue de quelqu'un," Soutenir la queue de sa robe, afin qu'elle ne traîne point par terre. "Son laquais lui portait la robe, lui portait la queue."
En termes de Manége, "Porter son cheval," Le soutenir, en marchant, de la main, des jarrets et des cuisses. "Portez votre cheval en avant."
Fig., "L'un portant l'autre," ou "Le fort portant le faible," En compensant l'un avec l'autre, de manière à former une quantité moyenne. "Cette vigne, cette terre rapporte tant tous les ans, l'un portant l'autre, le fort portant le faible."
Fig., "Porter quelqu'un," L'aider de sa faveur, de son crédit, le favoriser. "Celui qui le portait le plus, et de la protection duquel il espérait sa fortune, vint à mourir. Il y a des personnes puissantes qui le portent. Il est porté par des personnes puissantes;" et absolument, "Il est fort porté. L'opinion publique le porte au ministère, à la présidence."
Fig., "Porter quelqu'un," Lui donner sa voix dans une élection. "Qui portez-vous? Je porte un tel. Il sera porté par la majorité de l'assemblée."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Trans une chose d'un lieu dans un autre. "Il prit deux tableaux qui étaient dans un corridor, et les porta dans sa chambre. Portez ces papiers dans mon cabinet. Portez cette lettre à la poste. Portez-lui cela de ma part. Faire des marchandises par eau, par terre."
Il s'emploie aussi figurément, au sens moral. "Il a porté dans ces contrées quelques-uns des arts de l'Europe. Il porta la guerre dans l'Asie. Il a porté le fer et la flamme dans cette province. Il a porté la terreur, la désolation dans ce pays. Il a porté le trouble, la confusion dans cette famille. Porter un procès devant le juge. La cause sera portée à l'audience. Porter ses plaintes, sa plainte au roi, au magistrat."
"Porter quelqu'un en terre," Le pour l'enterrer. "Porter quelqu'un par terre," Le renverser par terre.
Fig., "Porter une personne, une chose aux nues," La louer excessivement.
"Porter un article sur un registre, sur un livre de compte," L'y inscrire. On dit dans le même sens: "Porter à compte, en recette, en dépense. Porter en débet. Porter au crédit. Porter au débit. Porter quelqu'un sur une liste."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi Des chevaux, des bêtes de charge et de voiture, et des objets inanimés qui soutiennent quelque chose de pesant. "Le cheval qui le portait. Un mulet qui porte cinq cents pesant. Un vaisseau qui porte cinq cents hommes d'équipage, et des vivres pour six mois. Une rivière qui porte de grands bateaux. Des colonnes qui portent une galerie."
"Cette rivière porte bateau," Elle est navigable.
"Ce vin porte bien l'eau," Quoiqu'on y mette de l'eau, on ne laisse pas d'en sentir la force. On dit dans le sens contraire, "Ce vin ne porte pas l'eau."
"Porter bien le vin," Boire beaucoup de vin sans s'enivrer.
En termes de Marine, "Ce bâtiment porte bien la voile," se dit D'un bâtiment qui penche peu, quoiqu'il ait beaucoup de voiles et que le vent souffle avec quelque violence.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi simplement, Avoir sur soi ou tenir à la main, sans égard à la pesanteur de la chose. "Il ne porte jamais d'argent sur lui. Il porte toujours quelque livre dans sa poche. Porter un bouquet à la main. Porter un cierge à la procession."
Aux Jeux de cartes où l'on a coutume d'écarter, "Porter beau jeu, vilain jeu," Avoir beau jeu, vilain jeu aux premières cartes. "Bien , mal ," Garder ou écarter les cartes que la rentrée favorise.
"Porter une couleur," se dit en parlant De la couleur dont on a le plus de cartes en main, et dans laquelle on a son jeu fait, ou presque fait. "Il portait une quinte de coeur toute faite. Il portait pique, mais il ne lui est rien rentré."
"Porter à une couleur," se dit en parlant De la couleur dans laquelle on cherche à faire son jeu. "Il porte à la quinte majeure de carreau."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit particulièrement, dans l'acception qui précède, en parlant De tout ce qu'on met sur soi, pour servir à l'habillement, à la parure, à la défense, ou pour marquer la profession, l'état, la dignité. "Porter des habits brodés. Porter un habit tout uni. C'est un habit qui n'a jamais été porté. Porter du velours, du satin. Porter du drap. Porter des dentelles. Porter des chemises fines. Porter des gilets de laine sur la peau. Porter des souliers plats, des souliers de couleur. Porter le deuil. Porter la haire. Porter la perruque. Porter perruque. Porter ses cheveux. Porter une longue chevelure. Les Orientaux portent la barbe. Porter un collier de perles. Porter une bague au doigt. Porter des pistolets. Porter une épée. Porter une soutane. Porter une écharpe. Porter des plumes à son chapeau. Porter la décoration de la Légion d'honneur, la croix de Saint-Louis."
"Porter l'épée, la robe, la soutane, le petit collet, le froc," Être officier, magistrat, ecclésiastique, abbé, moine.
"Porter le mousquet," Servir comme soldat. "Porter les armes," Servir dans une armée, faire la guerre. "Il a porté les armes sous tel prince, au service de tel prince, sous tel général. Il porta les armes contre son pays."
"Porter l'arme, les armes," Faire le mouvement de l'arme, qui consiste, pour les simples soldats, à la placer perpendiculairement contre l'épaule gauche, et à la saisir de la main gauche par-dessous la crosse. "Faire les armes à une troupe."
"Porter les armes à quelqu'un," Lui faire le salut militaire qui consiste à l'arme.
"Il a porté les chausses," Il a été page. "Il a porté les couleurs, les livrées, la livrée," Il a été laquais.
Fig. et pop., "Cette femme porte le haut de chausses, porte les chausses, porte la culotte," Elle est plus maîtresse dans sa maison que son mari.
"Porter le deuil d'une personne," Être en deuil d'une personne. "Elle porte le deuil de son mari."
"Porter les couleurs d'une dame," Porter dans son ajustement des couleurs semblables à celle qu'elle affectionne le plus; et, au figuré, Se mettre au rang de ses adorateurs.
Fam., "Un homme portant barbe," Un homme qui a de la barbe, un homme fait.



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi Des différentes manières de tenir son corps, sa tête, ses bras, etc., et de tout ce qui regarde la contenance et le geste. "Porter la tête haute. Porter les pieds en dehors. Porter bien ses bras en dansant. Porter le bras en écharpe."
Il se dit en ce sens Des animaux, et principalement Des chevaux et des chiens. "Ce cheval porte bien sa tête; il porte beau. Ordinairement les chevaux tartares portent le nez au vent, portent au vent. Ce cheval porte bas. Ce chien porte bien ses oreilles. Ce chien porte bas l'oreille."
Fig. et fam., "Cet homme porte le nez au vent," Il porte la tête fort haute, il a l'air hautain, orgueilleux.
Fig. et fam., "Cet homme le porte haut," Il se prétend de grande qualité; ou Il se prévaut de l'avantage que son rang, sa dignité, ses richesses, sa capacité, lui donnent.
Fig. et fam., "Cet homme porte la mine d'avoir fait telle chose," On juge à sa mine, à son air, qu'il a fait telle chose. On dit de même: "Il porte tout l'air d'un franc maraud. Il porte la mine d'un fripon."



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Pousser, étendre, élever, faire aller, conduire. "Il faut ce mur plus loin," Il faut le démolir et le reconstruire plus loin; ou bien, Il faut le prolonger. "Il faut cette haie encore plus loin. Un arbre qui porte sa tête jusque dans les nues. La tempête porta le vaisseau contre un écueil. Porter le pied en avant. Porter sa main à sa bouche, à sa tête. Ce prince a porté ses armes jusque dans le coeur du pays ennemi. Des tuyaux qui portent l'eau dans un jardin, dans une cour, dans une cuisine, dans un réservoir."
Il s'emploie aussi figurément, dans la même acception. "Porter au loin la terreur de ses armes. Porter au loin son nom et sa gloire. Porter son ambition, ses espérances, ses désirs jusqu'aux plus grandes choses. C'est la vengeance à l'excès. C'est le ressentiment trop loin. On ne saurait le scrupule plus loin. Ses exploits ont porté sa gloire jusqu'aux extrémités du monde. Il porte tout à l'extrême. Il porte loin l'esprit d'économie. Porter son attention sur un objet. Il a porté ses soupçons jusque sur son frère. Il a porté la dignité, l'autorité de la magistrature à un haut degré. Il porte ses prétentions trop haut."
"Porter la main à l'épée, la main au chapeau," Étendre sa main pour tirer l'épée, ou pour ôter son chapeau.
"Porter la main sur quelqu'un," Le frapper.
"Porter un coup à quelqu'un," Donner, ou tenter de donner un coup à quelqu'un. "Ils lui portèrent plusieurs coups, mais il les para tous. Porter un coup d'épée. Porter une botte."
Fig., "Cette affaire a porté un coup mortel à son crédit, à sa réputation," Elle a ruiné son crédit, sa réputation. On dit dans le même sens, "Ce malheur a porté un coup mortel à sa santé."
Fig., "Porter coup," se dit De certaines choses qui font une grande impression ou qui tirent à conséquence. "Telle est la considération dont il jouit, que tout ce qu'il dit porte coup. Comme il ne dit rien qui ne soit à propos, toutes ses paroles portent coup. Cette démarche a porté coup."
"Porter coup," se dit aussi De certaines choses qui nuisent. "Ses plaisanteries portent coup. Cette entreprise a porté coup à sa fortune. Ce chagrin porta coup à sa santé."
"Ce fusil porte bien son plomb," Quand on le tire, le menu plomb qu'il lance ne s'écarte pas trop, et va droit au but. On dit de même, "Ce fusil porte bien la balle."
"Porter ses regards, sa vue vers quelque endroit," Regarder, diriger ses regards, les fixer, les arrêter en quelque endroit. "Quelque part que je porte la vue, je n'aperçois point de soldats."
Fig., "Porter sa vue bien loin," Prévoir de loin les choses à venir. "Porter ses vues bien haut," Former de grands desseins.
"Porter ses pas en quelque lieu," S'y transporter. "Où portez-vous vos pas?"
"Porter la santé de quelqu'un, une santé," Boire à la santé de quelqu'un, en s'adressant à un autre pour l'inviter à en faire autant. "À la fin du repas, on porta les santés."
"Porter amitié, affection à quelqu'un;" et, "Être porté d'amitié pour quelqu'un," Avoir de l'amitié, de l'affection pour quelqu'un. "Porter honneur, respect," Honorer, respecter.
"Porter envie," Envier. "Il ne faut pas envie aux succès d'autrui." Il signifie aussi, Souhaiter, sans malveillance, un bonheur qu'on voit arriver à une autre personne. "Je porte envie à mon ami de ce qu'il a le plaisir d'être avec vous."
Fam., "Porter bonheur, malheur, guignon à quelqu'un," se dit D'une personne qui influe ou qui est censée influer sur le bonheur, sur le malheur de quelque autre. On le dit aussi Des choses. "Le service que je lui ai rendu semble m'avoir porté bonheur."
"Porter préjudice, un préjudice," Nuire. "Je serais désolé de vous préjudice. Sa négligence m'a porté un grand préjudice."
"Porter la parole," Parler au nom d'une autorité, d'une compagnie, d'un corps. "L'avocat général a porté la parole dans cette affaire. Il portait la parole pour sa compagnie."
"Porter parole," Donner assurance, promettre verbalement au nom de quelqu'un. "Je lui ai porté parole de dix mille francs, pour dix mille francs. J'ai porté parole de cent mille francs pour l'achat de cette propriété. J'ai porté parole pour un tel."
"Porter à quelqu'un des paroles de paix, de conciliation," Lui faire de la part d'un autre des propositions pacifiques, conciliantes.
"Porter témoignage," Témoigner qu'une chose est ou n'est pas. "Il est odieux de témoignage contre la vérité. Je puis témoignage qu'il n'en a jamais dit un mot."
"Porter un jugement, son jugement de quelque chose, sur quelque chose," Juger de quelque chose. "Je n'ai point encore porté de jugement là-dessus."



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Avoir telle dimension. "Cette poutre porte vingt pieds de long. Cela porte tant de long sur tant de haut, de large. Cette pièce de drap doit vingt aunes. Cette tenture porte dix-huit aunes de cours."



10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Produire; et il se dit De la terre, des arbres, etc. "Des terres qui portent du froment. Un arbre qui porte de beaux fruits. L'arbre qui porte la noix muscade."
"Cette somme porte intérêt," Elle produit intérêt.
Absol., "Ce billet a porté" ou "n'a pas porté," Il a gagné ou n'a pas gagné.



11ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi Des femmes et des femelles des animaux. "Les femmes portent ordinairement leurs enfants neuf mois. Porter un enfant à terme. L'enfant qu'elle porte. Les cavales portent onze mois."



12ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Supporter, souffrir, endurer. "Il porte impatiemment sa disgrâce. Il a porté son malheur en homme de courage."



13ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Induire, exciter à quelque chose. "Son inclination le porte à ce genre d'études. Ce sont eux qui l'ont porté à cela. Les mauvaises compagnies l'ont porté à la débauche. Les bons exemples portent à la vertu. C'est l'avarice qui l'a porté à cette bassesse. Son caractère le porte à la modération. Ses amis l'ont porté à faire cette démarche."



14ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit en parlant De l'esprit, du caractère, et signifie, Manifester, montrer. "On porte partout son caractère. Il a porté dans cette affaire un esprit de chicane, un esprit de vétille. Il porte un grand esprit d'attention, de recherche dans tout ce qu'il veut traiter. Il porte en toutes choses un grand esprit de justice. Il porte dans la société une humeur douce et facile."



15ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore simplement, Avoir. "Il porte la tristesse peinte sur son visage. Il porte un coeur sensible. Il porte en lui le germe des plus heureuses qualités. Ce monument porte telle inscription. Cet acte ne porte point de date. Cette vaisselle porte les armes de telle personne. Tous les ouvrages de cet auteur portent le cachet de son talent. Porter les marques d'un coup, d'une blessure. Certaines pierres portent des empreintes de poissons, de feuilles, etc. Les monuments de ce peuple portent un caractère de force et de grandeur qui étonne. Cette conduite porte le caractère de l'hypocrisie et de la fraude."
Il s'emploie neutralement dans le même sens, en termes de Blason. "Il porte d'azur au lion d'argent. Il porte de gueules aux trois besants d'or."
"Cela porte son excuse avec soi," se dit D'un empêchement légitime qu'on allègue, pour s'excuser de n'avoir pas fait quelque chose.
"Il porte sa recommandation sur sa figure," Sa physionomie prévient en sa faveur.
"Cette viande porte sa sauce, ce fruit porte son sucre," Cette viande est si bonne, qu'elle n'a pas besoin de sauce; ce fruit est si doux, qu'il n'a pas besoin de sucre.



16ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en parlant D'actes publics, de lettres et d'autres écrits, signifie, Déclarer, dire, exprimer. "L'ordonnance porte que... L'arrêt porte condamnation. Il est porté par la loi, par le contrat, que... La flotte est arrivée, les dernières lettres qu'on a reçues le portent expressément. Les lettres d'aujourd'hui portent que tout est dans le même état. Cet article n'est point porté dans le contrat. Comme le portent vos ordres. Votre traduction, dans cet endroit, n'est pas exacte; ce n'est pas là ce que porte le texte."



17ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est aussi verbe neutre, et signifie, Poser, être soutenu. "Une poutre qui porte sur la muraille. Tout l'édifice porte sur ces colonnes."
"Porter à fond," se dit D'une construction élevée à plomb sur son fondement. "Porter à cru," Porter directement sur le sol.
"Porter à faux," se dit D'une partie de construction qui est mal posée sur ce qui doit la soutenir, ou qui ne porte pas directement sur sa base, sur son point d'appui. "Cette poutre, cette pierre porte à faux." On dit de même substantivement: "Ce mur est hors d'aplomb, il est en porte à faux. Ce balcon est en porte à faux au-dessus de la porte d'entrée. Les loges de ce théâtre sont en porte à faux."
Fig., "Ce raisonnement porte à faux," se dit D'un raisonnement qui n'est pas concluant, soit que le défaut vienne du principe, soit qu'on fasse du principe une mauvaise application.
"Ce carrosse porte sur la flèche," Il touche, il bat sur la flèche quand il est en mouvement. "La selle de ce cheval porte sur le garrot," Elle touche le cheval sur le garrot.
En parlant D'armes à feu, "Tirer à bout portant," En appuyant le bout de l'arme sur le corps de quelqu'un, ou au moins de fort près.
Fig. et fam., "Dire quelque chose à bout portant," Dire en face à une personne quelque chose de très-fâcheux et de très-direct.
En parlant D'un combat, "La perte a porté principalement sur ce corps," Ce corps a principalement souffert, a perdu le plus de monde.
Fig., "Cette observation, cette critique, cette objection porte sur telle chose, etc.," Elle a telle chose pour objet.
En termes de Marine, "Porter au sud, au nord, etc.," Gouverner, faire route au sud, au nord, etc. On dit de même, "Porter au large, à terre."



18ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



neutre, signifie aussi, Atteindre; et, en ce sens, il se dit principalement Des armes de jet, et De ce qu'elles servent à lancer. "Le canon de la place ne saurait jusqu'ici. Ce fusil porte à plus de cent pas. Ce canon, ce fusil, cette arbalète porte loin. Le boulet ne porta que jusqu'au pied de la muraille. Une coulevrine qui porte à une demi-lieue. Les flèches ne sauraient jusque-là. Tous les traits ont porté."
Il se dit également Des coups d'armes à feu et autres. "Tous les coups que l'on tire ne portent pas. La blessure est dangereuse, car le coup a porté sur l'os."
Il signifie quelquefois, Toucher au but, l'atteindre. "Le coup a porté juste."
Fig., "Je ne vois pas où porte ce discours," Je n'en devine pas l'intention, le but. On dit plus ordinairement, "Je ne vois pas où tend ce discours."
"Sa vue porte loin," Il voit de très-loin.
"La tête a porté," se dit en parlant D'un coup que l'on s'est donné à la tête en tombant.
Au Jeu de la paume, "La balle a porté sur le toit, sur les deux toits," Elle y a touché. On dit aussi, "La balle porte au mur," ou absolument, "La balle porte," lorsque, de son premier bond, elle touche au mur, de façon que le mur la renvoie.
Fig., "Porter à la tête," se dit D'une boisson ou d'une vapeur qui étourdit, qui entête. "Ce vin porte à la tête. Cette odeur lui porte à la tête." On dit aussi, "Porter sur les nerfs," en parlant De certaines choses qui irritent, qui agacent les nerfs.



19ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi avec le pronom personnel, et signifie, Aller, se transporter. "Le roi, le général se porta, se porta de sa personne au fort de la mêlée. Ce corps d'armée se porta sur tel point. Se sur la ligne de bataille. La foule se porte à tel endroit. Cette pièce réussit, la foule s'y porte."
Fam., "On s'y porte," se dit en parlant D'un lieu où il y a une grande foule, où l'on est très-serré.



20ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, se dit, dans une acception analogue à la précédente, en parlant De certaines choses. "Le sang s'est porté à la tête. Tout le poids se porte de ce côté. La curiosité, l'intérêt se portait principalement sur lui."
Il se dit aussi en parlant Des différentes manières d'agir et de se conduire dans certaines occasions. "Il s'y est porté en homme de coeur. Il s'y est porté un peu mollement."
Il se dit encore en parlant De la disposition de l'esprit, de l'inclination, de la pente qu'on a à faire quelque chose. "C'est un jeune homme qui se porte au bien. Il s'est porté à cela de lui-même. Il se porte avec ardeur à tout ce qu'il fait. Il se porte au mal. Se à la débauche."
"Se à la dernière extrémité, à des extrémités contre quelqu'un," Le traiter avec la dernière sévérité, exercer sur lui des actes de violence, d'emportement. On dit de même, "Se à des excès."



21ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, se dit aussi en parlant De la santé. "Se bien. Se mal. Comment vous portez-vous? Il ne se porte pas trop bien depuis quelques jours. Il se porte mieux. Il veille, et ne s'en porte pas mieux. Quoiqu'il travaille beaucoup, il ne s'en porte pas plus mal."
En termes de Procédure, "Se partie contre quelqu'un," Se rendre partie contre quelqu'un, intervenir contre lui dans un procès. "Se pour appelant," Interjeter appel d'une sentence. "Se héritier" ou "pour héritier," Prendre la qualité d'héritier, se déclarer héritier, et agir en cette qualité.
"Se fort pour quelqu'un," Répondre de son consentement.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Porté": 2e"é" fer.] 1°. Avoir un fardeau sur soi. '"Porter un" sac, "un" ballot, "une" hotte, "etc." '"Porter sur" le dôs, "sur" les épaules, "sur" la tête, "à" brâs, "au" brâs.
- 2°. "Fig." Assister de son crédit. 'Il y a des persones puissantes, qui "le portent": il est "porté par" des persones puissantes.
- 3°. Trans d'un lieu dans un aûtre: "portez ces" papiers "dans" mon cabinet.
- 4°. Avoir sur soi; il ne "porte" jamais d'argent sur lui: il "porte" toujours quelque livre dans sa poche.
- 5°. Avoir sur soi, comme servant à l'habillement. '"Porter des" habits brodés, "du" velours, "du" satin, "du" drap. '"Porter le" deuil, "la" perruque, "la" haire, "le" cilice, "l' "épée, "la" soutane, "le" petit collet, "etc."
- 6°. Tenir '" la" tête haute, "les" pieds en dehors, "le" bras en écharpe.
- 7°. Pousser, étendre. 'Arbre qui "porte sa" tête dans les nûes. 'Ce Prince "a porté ses" armes jusqu'aux confins de l'Europe. = Fig. "Porter son" ambition, "ses" espérances, "ses" desirs jusqu'aux plus grandes chôses. "Porter la" confusion, "la" terreur par-tout. = 8°. "Fig." aussi avec des noms sans article: être caûse; "porter" bonheur, malheur, guignon "à..."
- 9°. Adresser: " un" coup d'épée, "une" botte: on "lui porta" plusieurs coups, mais il les para tous. = "Porter ses" regards, "sa" vue en quelque endroit. "Porter ses vûes" bien haut, bien loin.
- 10°. Être étendu en longueur: 'Cette poutre "porte" trente pieds: cette pièce de drap doit "porter" vingt aûnes.
- 11°. Produire: 'Terres qui "portent du" froment: arbre qui "porte de" beaux fruits.
- Somme, qui "porte intérêt".
- 12°. Soufrir, endurer. 'Il "porte" impatiemment sa disgrace: il "en a la" peine. = Les enfans "portent" quelquefois "les iniquités de" leur père: phrâse consacrée.
- 13°. Induire, exciter à... C'est un des emplois les plus ordinaires de ce verbe. 'Ils "l'ont porté à" la vengeance, "à" la débauche, "à" cette démarche odieuse, "à ataquer", "à" acuser, "à" se plaindre, "etc."
- 14°. Il se combine avec plusieurs noms, et forme avec eux des expressions composées": amitié à" quelqu'un, et "être porté" d'amitié pour lui, l'aimer. "Porter afection", "honeur", "respect": aimer, honorer, respecter. "Porter envie", envier. = "Porter la parole:" parler au nom d'une Compagnie. "Porter parole de", promettre au nom de quelqu'un: Je "lui ai porté parole de" dix mille écus.
- "Porter témoignage": témoigner, atester pour ou contre.
- 15°. "Déclarer", "assurer". 'L'arrêt "porte" condamnation: la déclaration "porte que" 'les lettres d'aujourd'hui "portent que" la guerre est déclarée.
   16°. "V. n." Poser, être soutenu. 'Tout l'édifice "porte sur" ces colonnes. 'Poutre, qui "porte à faux". Et "fig." Ce raisonement "porte à faux".
- 17°. Ateindre. 'Le canon ne saurait "porter" si loin. 'Cette coulevrine "porte à" une demi-lieue. 'Si tous les coups qu' on tire "portaient", il échaperait peu de soldats dans un combat.
   18°. "V. r." Il se dit de l'état de la santé. "Se bien", "se " mieux.
- De la pente, de l'inclination: "se au" bien, "à" la vertu, "au" mal, "à" la débauche.
- De l'aplication: "se " avec ardeur "à" ce qu'on fait ou "à" ce qu'on doit faire.
- De la manière de se conduire: 'Il "s'y est porté en" homme de coeur "ou" mollement, "en" homme indolent.
   "Rem." On disait plus souvent aûtrefois qu' aujourd'hui, "porter" pour "suporter". 'Il "portera" patiemment cette perte. "Boss."
   Et qui s'aident l'un l'autre à "porter" leurs malheurs.
       "Rac." Britannicus.
'Ils ne peuvent "porter" ni la tranquillité d'une vie privée, ni la dignité d'une vie publique. "Mass." '"Porter les" plus dures fatigues, et afronter les plus grands dangers. "Rollin".
- Quelques Auteurs le disent encôre: mais "porter", en ce sens, vieillit. "Andry" se contente de dire que, " impatiemment" est une expression d'usage: elle "porta" fort "impatiemment" l'afront qu'elle reçut alors. Je ne l'admettrais que de cette manière. Je ne voudrais pas dire avec BOSSUET, " patiemment", ni avec l'"Acad." 'Il "a porté son" malheur, "son" afliction en homme de bien. = Suivant "Andry", on dit aussi quelquefois "porter", pour "comprendre". 'Les hommes n'étoient pas encôre en état de " des vérités" si relevées. "Fleury" s'en est servi: 'Leur disant tout ce qu'il avoit apris de son Père, autant qu'ils étoient capables de "le ". = On ne trouve point dans le Dictionaire de l'ACAD. "porter" pour "comprendre"; mais suivant "La Touche", cela ne prouve pas qu' il ne soit pas bon dans ce sens-là. C'est qu'il peut avoir été oublié. Pour moi je ne le crois bon aujourd'hui que dans la traduction de ce passage de l'Évangile: "sed non potestis portare modo", qui est l'origine de cette expression. = Selon l'"Acad." on dit " son jugement de" quelque chôse, ou "sur" quelque chôse; je pense avec "La Touche", que le dernier est beaucoup meilleur.
   "Se ", relativement à la santé, se dit sans régime. On dit absolument, je "me porte" bien: il ne "se porte" pas trop bien. Mde. "de Sévigné" lui fait régir la prép. "de": 'J'ai envie de savoir comment~ vous "vous portez de" votre saignée. On dit plus comunément, comment "vous vous trouvez de". Mde. "de Coulanges" dit même, "se bien d'une colique" qu'on a eûe; je sais que vous "vous en portez" bien présentement. Cela est encôre plus mauvais. Je ne crois pas non plus que "se bien " se dise des parties du corps en particulier. "Ses yeux se portent bien", dit encôre Mde. "de Sévigné". Je ne conseille pas de le dire aprês elle. = On ne doit pas dire dans l'afirmative, je "me porte mal;" il faut dire: Je "ne me porte pas bien", ou "trop bien". Mais avec la négative, "se mal" peut se dire: je "ne me porte pas mal". On le dit sur-tout avec la prép. "en": 'Je travaille horriblement depuis dix-huit mois? et je "ne m'en porte pas plus mal". = l'"Acad." met en exemple, "se mal". Je doute qu'il soit du bel usage. "Bouhours" l'a aussi employé. 'Il avoit ordoné que, dès que quelqu'un "se oit mal", on l'en avertît. "Vie de St. Ign." L'expression est impropre, d'autant plus que "se mal", ne peut se dire d'une maladie subite, mais de l'état habituel de la santé: il faut dire, en parail câs, dês que quelqu'un "se trouverait mal". Enfin, j'ai lu, "se mal", dans les "Mém. de Mde. de Maintenon", par "la Baumelle": mais il y est employé en plaisanterie et en épigramme, style qui fait passer bien des expressions. 'Scarron avoit une pension en qualité de "malade de la Reine": sa Veuve en sollicitait le rètablissement. Le Cardinal demanda si la Supliante "se portait bien". Oui, Monseigneur, lui dit-on. Eh bien! repliqua-t-il: elle est donc inhabile à succéder à la pension d'un homme, qui "se portait mal". = "Ne s' en pas mieux", se dit au "propre" et au "figuré". 'Il a pris bien des remèdes: il "ne s'en porte pas mieux". 'Je crois que dans ce pays-là une paûvre planète est agitée assez rudement, et que ses habitans ne "s'en portent pas mieux". Fonten. "Mondes".




Emplacement dans le dictionnaire :

porte-verge
porte-vis
porte-voix
portée
portefaix
portefeuille
portefeüille
portemanteau
portement

porteur
porteur de chaise
portier
portière
portiere
portion
portique
porto
portraire
portrait
portrion




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...monter les marches de l'autel avec ce précieux petit fardeau, et lui faire embrasser la nappe blanche sur laquelle pose le saint sacrement. Je me sentais très gauche en uniforme, j'avais l'air de porter un poids des plus lourds. Je ne m'imaginais pas que ce fût une chose si difficile de tenir un nouveau-né ; encore il était endormi : s'il eût été en mouvement, jamais je n'aurais pu réussir. ......


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...j'aurais reconnu entre mille. Après son départ, j'assainissais moi-même la partie de ma table où ses coudes s'étaient posés, en l'essuyant avec des serviettes que j'allais ensuite clandestinement porter au linge sale. Et cette répulsion s'étendait ensuite aux livres, déjà peu attrayants par eux-mêmes, qu'il avait touchés ; j'en arrachais certains feuillets, suspects de contacts trop prolongés avec...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...la sensation affreuse de ses plaies, la chaleur de sa fièvre et le petit bruit soufflant de sa poitrine crevée. Aussi il avait supplié qu'on l'embarquât, au risque de tout. Il était très lourd à porter dans son cadre ; alors, sans le vouloir, on lui donnait des secousses cruelles en le charroyant. à bord de ce transport qui allait partir, on le coucha dans l'un des petits lits de fer alignés à l'hô...


Citation n°4 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...; c'est qu'elle a rendu possible le plus fort peut-être de tous les penchants désintéressés. Il y a plus. La division du travail sexuel est susceptible de plus ou de moins ; elle peut ou ne porter que sur les organes sexuels et quelques caractères secondaires qui en dépendent, ou bien, au contraire, s'étendre à toutes les fonctions organiques et sociales. Or, on peut voir dans l'histoire...


Citation n°5 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...peuples les plus cultivés, ne fait-elle pas sentir son action à chaque moment et dans tous les détails de la vie ? D'autre part, ces sociétés que crée la division du travail ne peuvent manquer d'en porter la marque. Puisqu'elles ont cette origine spéciale, elles ne peuvent pas ressembler à celles que détermine l'attrait du semblable pour le semblable ; elles doivent être constituées d'une autre...


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